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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/821

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cherchent réciproquement à s’expulser. Déjà le tumulte est à son comble ; les adversaires semblent près d’en venir aux mains. Tout à coup le chapelain se lève et commence un psaume. Aussitôt le calme se rétablit ; républicains et démocrates récitent les répons. Chaque séance des conventions électorales s’ouvre aussi par la prière suivant la coutume établie jadis à la grande convention constituante de Philadelphie, sur la motion de Franklin. Il arrive souvent aujourd’hui qu’un pasteur protestant de marque et un membre éminent du clergé catholique, voire un évêque, soient chargés tour à tour d’appeler la bénédiction divine sur les délibérations et les choix de l’assemblée.

Tout ne se borne pas à de simples et vaines démonstrations. L’église est traitée en fait comme un service public de premier ordre. Les états particuliers encouragent le développement des croyances religieuses. Ainsi les édifices et les terrains consacrés au aille sont exempts de taxes. Le congrès fédéral ne possède pas le droit d’édicter des lois générales sur la question. Mais il a institué en 1874 des privilèges analogues dans le district de Colombie, qui relève de sa juridiction exclusive. La clause constitutionnelle interdisant au gouvernement central toute immixtion religieuse a toujours été interprétée dans le sens de la protection impartiale accordée aux diverses communions chrétiennes. La cour suprême n’a jamais admis que l’esprit de lu constitution fût méconnu parce que la flotte et l’année ont leurs chapelains, ou parce que des jours de jeune et de prière sont fixés par les différens pouvoirs. La jurisprudence des tribunaux se montre également favorable aux immunités fiscales, de même qu’elle facilite et garantit les donations aux établissemens ecclésiastiques. Il est interdit d’apporter des restrictions aux manifestations extérieures du culte, qui sont de droit commun et sauvegardées à ce titre. « L’adhésion officielle à la foi chrétienne, dit Cooley, ne se fonde pas uniquement sur la pensée de ce qui est dû à l’Être suprême, auteur de tout bien et de toute loi, mais encore sur la raison d’état qui, de même qu’elle engage le gouvernement à favoriser les établissemens de charité et d’éducation, le pousse aussi à encourager les institutions et le culte religieux, comme élémens conservateurs de la morale publique et comme auxiliaires précieux, sinon indispensables, pour le maintien de l’ordre social [1]. » Telle est la façon dont les Etats-Unis résolvent en pratique la délicate question des églises libres et protégées dans l’état libre et protecteur.

La règle de renseignement laïque, que plus d’un Américain

  1. Cooley, Constitutional limitations.