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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/808

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Récemment, on allait même jusqu’à se plaindre aux États-Unis du peu de différence des programmes opposés, qui auraient pu s’échanger réciproquement sans modifications notables. Sauf quelques questions de second ordre, les cupidités et les égoïsmes des politiciens ou des groupes influens maintenaient presque seuls une rivalité active entre les partis contraires. Aussi l’opinion réclamait-elle leur transformation complète, ou tout au moins leur rajeunissement. Mais les partis américains montrent fort peu de goût pour le changement et se détachent à grand’peine de ce qu’on appelle aux États-Unis le bourbonisme républicain ou démocrate. Rien de plus difficile à obtenir d’eux qu’une orientation nouvelle, une new departure, suivant le terme consacré. Ils préfèrent les sentiers battus et les thèmes tout faits, qui rendent moins pénible et moins onéreux le travail technique indispensable pour tenir en haleine la masse compacte des adhérais. Embarrassés pourtant de sembler trop d’accord avec leurs adversaires aux élections présidentielles de novembre dernier, les républicains s’estimèrent heureux de voir les démocrates et M. Cleveland se lancer imprudemment dans la question des tarifs de douane, vieux terrain connu, où M. Harrison triompha à l’aide des argumens protectionnistes qui réussirent il y a soixante ans.

La stérilité actuelle des anciens partis, piétinant sur place, et leur despotisme étroit ont provoqué contre eux un mouvement de réaction assez prononcé. Les indépendans (mugwamps) se sont efforcés de rallier les mécontens ; ils ont formé un groupe nouveau pour combattre les abus du vieux système électoral, et déjà l’appoint de leurs suffrages a décidé de la victoire dans plusieurs scrutins. Ce courant d’indépendance a gagné la presse, le congrès, le public. Beaucoup d’honnêtes citoyens condamnent même par avance toute organisation future, plus ou moins calquée sur les précédentes. Ils prétendent secouer toute espèce de joug et reconquérir la pleine liberté de leur vote. C’est bientôt dit.

On peut lancer contre les partis le réquisitoire le plus varié et le plus vif. Au gré de bien des gens, les accusations, si graves qu’elles soient, paraîtront encore au-dessous de la vérité. Les partis se sont érigés en maîtres absolus. Tous les pouvoirs, locaux ou fédéraux, ne dépendent que d’eux seuls ; les fonctionnaires, les représentans, les sénateurs, le président même, sont leurs créatures et leurs instrumens. La volonté populaire ne peut se faire entendre que par l’intermédiaire d’organes viciés qui la dénaturent ; les intérêts nationaux sont subordonnés à ceux des coteries et de leurs chefs. Devant les capitulations de conscience et les basses besognes imposées par les politiciens sous le couvert des nécessités politiques, l’élite du pays recule avec dégoùt. L’autorité