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Page:Revue des Deux Mondes - 1889 - tome 92.djvu/561

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Pays-Bas fixent aussi à cet âge quasi-sacramentel de douze ans l’entrée dans les fabriques, mais on y discute en ce moment un projet de loi plus étendu. La Suède a une législation analogue, mais un peu plus restrictive dans l’application : douze ans pour l’entrée en fabrique : six heures de travail maximum jusqu’à quatorze ; de quatorze à dix-huit ans, journée maxima de dix heures et interdiction du travail de nuit. C’est encore cet âge de douze ans qu’adopte l’empire d’Allemagne, avec un maximum de six heures de travail quotidien jusqu’à quatorze, et de dix heures de quatorze à seize. Pour toutes ces catégories d’ouvriers, le travail est prohibé le dimanche et la nuit. Cette législation nous paraît fort acceptable. Nous reculerions même volontiers jusqu’à quinze ans et à dix-sept les âges où le travail ne doit pas dépasser respectivement six et dix heures. Plus exigeante dans un sens et moins dans un autre se montre l’Autriche : elle interdit l’emploi dans les fabriques d’enfans au-dessous de quatorze ans : elle fixe à partir de cet âge, invariablement pour tous les ouvriers, même les majeurs, la durée maxima du travail à onze heures, mais elle autorise parfois une heure de plus ; elle interdit le travail de nuit pour les femmes. Elle s’occupe des simples ateliers comme des fabriques, y défendant le travail des enfans au-dessous de douze ans, y fixant jusqu’à quatorze ans la durée maxima de la journée à huit heures et y prohibant, au-dessous de seize ans, le travail de nuit. Entrée tard dans la voie de la réglementation industrielle, la démocratique Helvétie a devancé du premier coup la plupart des pays de l’Europe continentale par la rigueur de ses prescriptions : le travail des enfans dans les fabriques n’y peut commencer avant quatorze ans, la journée maxima pour eux est de onze heures, sur lesquelles on doit prélever jusqu’à seize ans la part de l’instruction scolaire et religieuse ; puis, pour les adultes eux-mêmes de tout âge, le travail de fabrique ne doit pas se prolonger au-delà de onze heures effectives : sauf des exceptions qui peuvent être assez fréquentes, le travail des usines est interdit la nuit et le dimanche. L’Angleterre, qui subit dans sa législation l’influence de plus en plus marquée des philanthropes, mais qui recule, par tradition, devant l’absolue uniformité, a, dans le cours de plus de quatre-vingts ans, depuis l’act de 1802, dû au premier sir Robert Peel, constitué une réglementation du travail des enfans et des femmes, qui est à la fois la plus minutieuse, la plus compliquée que l’on puisse imaginer. Positive, cependant, jusque dans ses plus grands accès de zèle humanitaire, elle n’a pas voulu reculer trop dans la vie de l’homme l’époque du travail productif : elle la place à la limite fort basse de dix ans ; mais jusqu’à quatorze ans l’on ne peut être employé dans les fabriques qu’au demi-temps, c’est-à-dire trente