Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/961

Cette page n’a pas encore été corrigée


d’actes diplomatiques de l’Europe, c’est la neutralité du royaume de Belgique. Devant ce fait d’ordre européen, d’intérêt universel, établi il y a déjà plus d’un demi-siècle à la suite de la révolution qui a séparé les provinces belges de l’ancien royaume des Pays-Bas, il ne subsiste plus rien d’arrangemens surannés et périmés, de prétendus droits de garnison créés pour d’autres circonstances. Il n’y a plus que la neutralité qui a été garantie par l’Europe, que les Belges se montrent justement jaloux de sauvegarder, comme la Suisse, de son côté, serait certainement résolue à défendre sa neutralité contre ceux qui prétendraient se frayer un passage par son territoire. Ces fortifications de la Meuse qui ont été votées, qui étaient réclamées depuis longtemps par le génie belge, ont été conçues précisément pour donner une force de plus à la neutralité, pour fermer cette vallée de la Meuse qui a été si souvent le chemin des invasions ; elles ont été créées, si l’on veut, au profit de l’Allemagne contre la France et au profit de la France contre l’Allemagne. Les ministres de Bruxelles l’ont répété plus d’une fois, ils le répétaient récemment encore. L’éminent inspecteur-général du génie belge, le général Brialmont, maintenait, ces jours derniers, le caractère de son œuvre, et il n’a pas même caché Bon désir de compléter son système par la création d’un nouveau fort à Saint-Trond. Les ministres, dit-on, peuvent assurer ce qu’ils voudront : c’est le roi Léopold qui s’est lié secrètement à l’Allemagne, — et qui, d’après cela, aurait livré l’indépendance belge pour sauvegarder sa dynastie.

Il y a eu des momens où les souverains belges se sont peut-être crus obligés de chercher à fortifier les garanties de leur neutralité. Ces momens sont passés depuis longtemps. Par qui le roi Léopold est-il menacé aujourd’hui ? Où est pour lui la nécessité d’un traité plus ou moins secret qui l’asservirait à une domination étrangère, qui, de plus, en ouvrant son territoire d’un côté, l’ouvrirait nécessairement de l’autre ? Quel avantage aurait le roi des Belges à aller au-devant de ces complications ? A quel propos et dans quel intérêt la Belgique s’exposerait-elle à redevenir par sa volonté le grand chemin des invasions, à disparaître dans la collision des plus puissantes armées ? Il n’y a pour la Belgique d’autre nécessité et d’autre intérêt que de rester ce qu’elle est, de garder sa neutralité semi-séculaire, respectée jusqu’ici, contre ceux qui voudraient trop la protéger, aussi bien que contre ceux qui voudraient la menacer. Ce ne sont donc là, selon toute apparence, que des fictions et des bruits nés de cet état perpétuel de panique, où l’on finit par croire tout possible parce que le monde est livré à la force.


CH. DE MAZADE.