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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/956

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la mémoire d’un père, d’un souverain généreux, devant son fils faisant les aveux les plus surprenans, sous prétexte de rectifications qui ne rectifient rien.

Que de fois M. de Bismarck ne s’est-il pas efforcé de décliner la responsabilité de la guerre de 1870 en la rejetant tout entière sur la France ? Il avoue sans plus de détour aujourd’hui que la guerre lui semblait nécessaire dès le premier moment, et que, si le roi Guillaume le futur empereur, avait voulu l’éviter, il était prêt, lui, à retourner à Varzin, en donnant sa démission. Il n’hésite pas à déclarer pour le plaisir de démentir les illusions humanitaires prêtées au prince royal qu’on savait ce qu’on faisait au camp prussien, qu’on était parfaitement persuadé que « la guerre, quelle qu’en fût l’issue, allait inaugurer une série de guerres, ouvrir une ère belliqueuse. » Voilà au moins qui est voir clair dans l’avenir ! Mais ce qu’il y a certainement de plus curieux, c’est le sans-facon presque ironique avec lequel le chancelier parle d’un prince qui a régné. Il ne craint pas de dire qu’il n’avait pas pendant la guerre de 1870, à Versailles, la permission de s’entretenir avec le prince royal sur les questions les plus intimes de la politique allemande, parce que le roi redoutait a les indiscrétions qui pourraient être commises avec la cour d’Angleterre, encore remplie de sympathie pour la France. » C’est, on en conviendra, traiter lestement un prince de la couronne, et c’est de plus se moquer bien audacieusement des faits, que de parler des sympathies de la cour d’Angleterre pour la France pendant la guerre de 1870 ! Ce sont des sympathies dont on ne s’était positivement jamais douté. Le chancelier traite un peu l’histoire comme la politique, il en fait ce qu’il veut il plie l’une et l’autre à ses fantaisies hautaines, à ses vues ou à ses intérêts du moment, usant et abusant des libertés que la puissance donne à un esprit ombrageux et irascible. Ce qu’il y a de plus clair c’est que ce rapport préparé par le chancelier dans la solitude de Friedrichsruhe, approuvé par le jeune empereur, semble n’avoir d’autre objet que de ternir la mémoire de Frédéric III, d’infliger une dernière humiliation à sa veuve, l’impératrice Victoria, et d’être désagréable à la reine d’Angleterre, soupçonnée de n’être point étrangère à ces récentes et importunes divulgations. M. de Bismarck a peut-être réussi à flatter quelques passions, à déconcerter quelques-uns de ses adversaires ; seulement on peut se demander quels seront les résultats de tout cela, ce que le chancelier peut gagner à faire de la politique avec ses ressentimens, à inaugurer le nouveau règne par une campagne qui est, dans tous les cas, une singulière préface des voyages de Guillaume II.

Ce qui en sera réellement de ces agitations impériales, de ces visites du jeune souverain allemand dans quelques-unes des cours du continent, ce qu’elles produiront dans les rapports des peuples et des