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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/926

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Attique, le rapport entre l’un et l’autre ? Aucun témoignage ancien ne nous le laisse apercevoir. M. Beloch incline à croire qu’il était de 50 pour 100. Je crains que cette opinion ne soit inexacte. En France, les frais de culture, d’impôt, d’amortissement absorbent des trois quarts aux quatre cinquièmes du produit brut. J’estime qu’ils n’étaient pas sensiblement inférieurs en Attique, où l’on pratiquait le système intensif, et où les principes d’une bonne agronomie n’étaient pas ignorés [1]. Abaissons-les toutefois à 10 pour 100. Il s’ensuit qu’un pentacosiomédimne avait un revenu net de 500 drachmes, qui, à 8 pour 100 comme taux de capitalisation, équivaut à un capital de 6,000 drachmes ou 1 talent. Un calcul analogue permettrait d’assigner à la deuxième classe un capital de 3,600 drachmes, et à la troisième un capital de 1,800 drachmes, sauf réduction de ces deux chiffres à 3,000 et à 1,000 drachmes, en cas d’eisphora.

La question de savoir par quel procédé on allait du revenu brut de la terre au capital foncier est, en somme, accessoire. L’essentiel ici est le point de départ et le point d’arrivée, et il importe assez peu qu’on ait pris telle ou telle voie. Quand on eut ainsi posé la règle qui servit à répartir les propriétaires entre les classes, on l’appliqua à ceux dont la fortune était mobilière, et l’on assimila l’une à l’autre ces deux échelles de censitaires. Tout capitaliste qui possédait un talent fut rangé parmi les pentacosiomédimnes, même s’il n’avait pas un pouce de terre au soleil. On fit de même pour les citoyens qui étaient moins riches, si bien que l’assiette de l’impôt dans les deux cas fut identique. Il y eut pourtant cette différence que les propriétaires déclaraient, selon toute apparence, leur revenu, tandis que les autres déclaraient leur fortune. De plus, on ne voit pas nettement si, pour ces derniers, on faisait aussi une distinction entre le capital imposable et le capital réel. D’ailleurs, le taux de l’impôt, c’est-à-dire la proportion entre le chiffre de l’impôt et le capital imposable, était le même pour tous ; il variait seulement d’après les besoins du trésor.

On aurait tort de se figurer que l’eisphora eût rien de commun avec cette espèce de capitation graduée qui, en Allemagne, a reçu le nom de Klassensteuer. Les citoyens d’une même classe n’étaient pas assujettis à la même taxe ; chacun payait suivant sa richesse personnelle. Lysias signale un individu qui, à trois ou quatre ans de distance, versa d’abord un demi-talent de contributions, puis deux tiers de talent. Cet homme était évidemment un pentacosiomédimne, et tous les Athéniens de cette classe acquittèrent l’une et l’autre taxe, si véritablement l’eisphora était un impôt des classes.

  1. Roscher, Traité d’économie politique rurale (traduction Vogel), p. 131-133.