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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/924

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III

Quand on connaissait, d’une façon plus ou moins exacte, le capital de chaque citoyen, il restait à fixer sa part d’impôt. Il convient, à ce propos, de distinguer deux périodes, séparées par l’année 378.

Si l’on prenait au pied de la lettre une expression du grammairien Pollux, il y aurait eu dans la première trois catégories de contribuables, payant respectivement un talent (5,894 fr.), un demi-talent et un sixième de talent. Mais, ou bien cet auteur s’est trompé, ou bien on entend mal sa phrase. En effet, tous les citoyens qui récoltaient 500 mesures de grains ou de vin figuraient dans la première classe. Or, un Athénien de cette classe, dont le domaine consistait moitié en vignes, moitié en champs de blé, ne pouvait pas, en vendant ses produits au prix courant, avoir un revenu supérieur à 2,000 drachmes (1,960 fr.), et il serait insensé de croire que le fisc lui ait jamais réclamé d’un seul coup trois fois son revenu. Les chiffres de Pollux sont donc des chiffres de fortune et non des chiffres d’impôt. Représentent-ils du moins le revenu annuel des particuliers ? C’est encore peu probable. Ce talent, ce demi-talent, ce sixième de talent dont il est question ici, sont qualifiés par le mot timèma. Or, ce terme désigne toujours, dans la langue grecque, un capital, et les auteurs l’opposent volontiers à celui qui désigne le revenu. Chaque Athénien avait son timèma officiellement constaté par l’autorité publique, et on appelait ainsi, non pas son revenu, mais sa fortune, puisque, pour l’établir, on faisait entrer en ligne de compte la valeur vénale des esclaves.

Les citoyens étaient donc groupés en plusieurs classes d’après leur capital. Mais, avant 378, on partait du revenu pour déterminer le capital. La plus haute classe comprenait les pentacosiomédimnes, qui tiraient de leurs domaines un minimum de 500 mesures [1] ; la deuxième, les cavaliers, c’est-à-dire ceux qui étaient assez riches pour se livrer à l’élevage des chevaux ; la troisième, les zeugites, qui avaient un attelage de bœufs ; enfin, on entassait dans la quatrième tous les pauvres sous le nom de thètes. Le revenu le plus bas des trois premiers était de 500, 300 et 150 mesures [2]. Pour passer de là au capital, on commençait, dans le système de Böckh, par attribuer à la mesure de grain ou de vin la

  1. L’unité de mesure pour les grains était le médimne (52 lit 53) ; pour les liquides, le métrète (39 lit. 39).
  2. Certains textes remplacent ce chiffre par celui de 200 mesures. Je crois, avec Böckh, qu’ils commettent une erreur. (Cf. Démosthène, Contre Macartatos, 54.)