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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/841

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trois fois plus d’employés, de chefs et de directeurs, et que le public s’étonne, en lisant l’analyse sommaire des choses dont ils seront chargés, qu’ils puissent suffire à les accomplir toutes. C’est déjà une lecture amusante, dans l’Almanach national, que celle des prolixes nomenclatures qui habilement dissimulent le vide de certains emplois ; des attributions identiques figurent à plusieurs services ; à côté des besognes réelles, il en est d’imaginaires, tellement qu’il faut avoir pratiqué dans la maison pour savoir à quoi s’en tenir. J’ai touché quelques mots, dans un précédent travail [1], des défauts de notre organisation présente ; je demanderai la permission d’y revenir tout à l’heure.

Les six ministères d’il y a cent ans étaient : les affaires étrangères, l’armée, la marine, les finances, la justice et l’intérieur. Cet état de choses avait subsisté, non sans d’importantes modifications et avec un empiétement continu du pouvoir royal, depuis la fin du XVIe siècle. Il est clair qu’un secrétaire d’état de Louis XVI ne ressemblait pas plus à un « secrétaire du roi signant en finances » de Henri III, que M. Carnot ne ressemble à Philippe le Bel. Tous ensemble pourtant concentraient entre leurs mains les fonctions dont l’état, pour le bien commun, avait dû ou voulu se charger. Au début du règne de Louis XV (1715), l’administration des provinces est encore partagée entre les quatre secrétaires d’état des affaires étrangères, de la guerre, de la religion protestante et de la maison du roi, selon leurs titres officiels. Mais ces titres avaient déjà cessé d’être exacts. La maison du roi ne donne au secrétaire d’état qui en est chargé, — c’est le futur ministre de l’intérieur, — qu’une occupation illusoire, de même que la cire du grand ou petit sceau, et les faveurs vertes ou rouges avec lesquelles on l’attache au bas des édits, ne sont plus pour le chancelier, président du conseil d’état et du conseil des ministres, que des soucis tout à fait caducs. A la maison du roi sont unis la marine et les colonies, les cultes, le commerce, l’agriculture, plus cinq généralités, dont « la ville et vicomte de Paris. » Un demi-siècle plus tard (1760), le secrétaire d’état de la religion protestante, dont l’emploi ressemblait fort à une sinécure, puisque tous les protestans avaient été chassés, s’appelle le ministre de la marine, du commerce et des colonies ; en remplacement de ces services enlevés à son département, on a donné à son collègue de la maison du roi l’administration provinciale des quatre cinquièmes du royaume (le ministère de la guerre conservant encore les sept généralités qui, depuis un siècle, dépendaient de lui).

La situation n’avait pas changé, trente ans après, lors de la

  1. Voyez dans la Revue du 1er mars, l’Extension du fonctionnarisme.