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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/82

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Si, en vue d’établir une comparaison avec notre propre paye, nous rapprochons ces chiffres de ceux que nous relevons dans le remarquable ouvrage de M. Paul Leroy-Beaulieu, nous noterons, tout d’abord, qu’en France les grosses fortunes se concentrent à Paris, ce qui n’est pas le cas pour l’Angleterre, où les millionnaires ne font à Londres, que de courtes apparitions, et où le grand commerce s’exerce autant à Manchester, Sheffield, Leeds, Glasgow, Liverpool, qu’à Londres même. Les deux bases principales sur lesquelles on peut établir, avec quelque degré de certitude, une évaluation des revenus en France sont les statistiques des loyers et celles de l’impôt mobilier, contrôlées les unes par les autres et interprétées avec circonspection. Le montant affecté par chacun à son loyer, proportionnellement à son revenu, varie considérablement et peut induire en erreur. M. Paul Leroy-Beaulieu admet en principe qu’à Paris les loyers de 2,000 à 6,000 francs représentent le huitième du revenu des locataires. Au-dessus de ce chiffre, il l’estime au dixième. En 1883, 21,453 contribuables occupaient, à Paris, des logemens de 2,000 à 4,000 francs, représentant de 16,000 à 32,000 francs de revenus ; 9,985 payaient de 4,000 à 8,000 francs de loyer, représentant de 32,000 à 64,000 de revenus. On ne comptait que 1,413 appartemens de 10,000 à 25,000 francs de location et un peu plus de 400 seulement d’un prix supérieur à ce dernier chiffre.

Sur ces taxes, contrôlées par les statistiques de l’impôt mobilier, M. Leroy-Beaulieu établissait comme suit les revenus de la classe aisée à Paris :


De 16,000 à 32,000 francs de revenus 21,453 personnes
De 32,000 à 70,000 9,985
De 70,000 à 133,000 3,049
De 133,000 à 266,000 1,413
Au-dessus de 266,000 421

Étendus à la France entière, ces calculs donneraient un total de 700 à 800 personnes possédant 250,000 francs de revenus ou davantage, alors qu’en Angleterre ce chiffre s’élève à environ 2,418. De même pour les fortunes plus modestes, mais comportant encore une large aisance, celles de 50,000 francs de rentes et au-dessus ; M. Leroy-Beaulieu en estime le nombre entre 18,000 et 20,000. En Angleterre, cette catégorie comprend un chiffre très supérieur.

Étendu à l’Allemagne, cet examen permet de constater que le nombre d’individus qui possèdent un revenu de 100,000 marks (125,000 fr.) ne dépasse pas 1,800 ; 144 possèdent un revenu de