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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/805

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etc. Elle lui souhaitait toutes sortes de prospérités « à l’entrée de leur commerce de lettres, » et recommandait Akalaktus à sa bienveillance [1]. Le paquet fut expédié au noir, en Allemagne. S’il le reçut et ce qu’il en fit, personne ne l’a jamais su. L’histoire dit seulement qu’après avoir couru l’Allemagne pendant plus d’un an, il partit découragé, sans avoir trouvé ni Erfurt ni Ludolf, et ne revint jamais.

La Suède en était là, froissée par la préférence donnée aux étrangers, pressurée pour des dépenses qui lui paraissaient sottes, réduite à se consoler par la pensée que sa souveraine était forte en grec et commençait l’hébreu. Longtemps le pays avait pris patience, en se disant que la reine se marierait, et que le mariage change les idées des filles. Il avait fallu renoncer à cette branche de salut. Les prétendans n’avaient pas manqué. Il en était venu des quatre points cardinaux, de puissans et de modestes, de vieux et de jeunes : Christine les avait tous éconduits et se déclarait résolue à rester fille. Elle ne voulait pas avoir un maître, et la pensée de la maternité lui était odieuse. On avait trop réussi à lui ôter son sexe. Comme les ministres, le sénat et les états insistaient, elle leur déclara qu’elle abdiquait (25 octobre 1651). On la supplia de rester. Elle n’y consentit qu’à la condition qu’on ne lui parlât plus mariage. Trois mois après, Bourdelot entrait en scène, et la Suède n’avait plus qu’à se voiler la face.


IV

Bourdelot, dont les Suédois parlent encore avec colère, était fils d’un barbier de Sens. Il avait étudié pour être apothicaire, s’était mis à courir le monde et avait passé en Italie. Certaine petite affaire l’ayant obligé à rentrer en France précipitamment, il conta qu’il y perdait la pourpre ; que le saint-père l’avait nommé son médecin et voulait le faire cardinal. Il exerça dès lors la médecine. Ses confrères le traitaient d’ignorant ignorantissime. On serait en peine de dire à quoi ils s’en apercevaient, dans l’état où était alors la science. Bourdelot baragouinait latin tout comme un autre. Il dissertait tout comme un autre sur l’âcreté des humeurs et les agitations de la bile. Il saignait et purgeait tout comme un autre. Nous en parlons savamment : nous avons sous les yeux une de ses consultations, en quatre pages in-quarto et en latin.

Les confrères eurent beau gloser, Bourdelot fit son chemin : il avait les femmes pour lui. C’est le parfait modèle du médecin de dames au XVIIe siècle. Il était aimable et badin, fertile en bons

  1. La minute de cette lettre existait au siècle dernier dans les archives de Suède.