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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/714

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voulu admettre un seul député conservateur, dont la présence eût été une garantie pour elle, et voilà ce qu’elle a gagné ! Elle s’offense des comparaisons qu’elle trouve aujourd’hui injurieuses, et pourtant pendant des années, elle a eu pour financier de confiance, pour rapporteur-général, M. Wilson lui-même, dont elle connaissait les trafics les manœuvres suspectes. Elle ne veut pas qu’on lui parle de gaspillages ; mais c’est par elle, par elle surtout, que le désordre financier s’est accru, et elle s’est exposée à s’entendre dire par un député républicain plus ou moins indiscret : « Depuis huit ans, nous nous sommes endettés de 8 milliards ; voilà le résultat de la politique actuelle ! » Qu’on mette de côté la question personnelle : la question politique reste entière, et c’est en gouvernant les finances comme la commission du budget l’a fait qu’on finit par provoquer ces accusations ces suspicions, qui n’atteignent pas seulement les hommes, qui avilissent les institutions elles-mêmes.

C’est l’anarchie dans le parlement, nous n’en disconvenons pas. Il y a, sans aller bien loin, un autre incident qui n’est pas vraiment un spécimen moins curieux de l’anarchie administrative : c’est cette sorte de sédition organisée par les employés des postes et télégraphes Lorsque des ouvriers se mettent en grève, ils sont sans doute les victimes des excitations par lesquelles on les abuse, des moyens meurtriers qu’on a mis entre leurs mains contre eux-mêmes, contre les intérêts de la production nationale ; mais après tout ils sont libres maîtres de leur travail. En est-il de même des serviteurs de l’état des employés qui se sont liés au service public, qui en ont accepté les conditions, les règles, les obligations ? Si le service leur pèse ils sont libres de donner leur démission ; ils n’ont sûrement pas le droit d’abuser de la position qui leur est faite pour dicter collectivement la loi à l’état. Les employés des postes et télégraphes ne se sont pas mis en grève : ils ont été tout près, ils ont menacé ! Ils ont eu leurs réunions publiques et rédigé des pétitions au parlement ; ils ont nommé des délègues pour traiter avec leurs chefs, ils ont essayé d’enrôler dans leurs manifestations jusqu’aux employés des provinces. Ils ont voulu, eux aussi, avoir leur fédération ! Et qu’a-t-on fait pour réprimer ce désordre, qui est bien un des plus saisissans exemples de l’anarchie du jour ? Le gouvernement a fini sans doute par se décider à quelques sévérités ; il a commencé par la tolérance, par les négociations par une longanimité à demi complaisante : il a eu l’air de trouver cela tout simple ! Où en serait-on cependant si un grand service public pouvait être interrompu parce que des agens peuvent avoir des griefs, même des griefs légitimes ? Si les employés des postes et télégraphes ont le droit de faire la loi a l’état, les fonctionnaires de tout ordre ont également ce droit. Les soldats eux-mêmes pourraient se fédérer pour l’amélioration de leur solde. De proche en proche, tout y passerait. Il n’y au-