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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/713

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rait peut-être même dire en passant que l’empressement avec lequel les villes de province réclament sa présence est une preuve singulière de la prétendue passion du pays pour une réforme constitutionnelle qui supprimerait la première magistrature de l’état. M. le président de la république est bien reçu partout, c’est entendu, c’est de plus fort heureux ; mais il est bien clair que ces voyages, tels qu’ils sont, n’ont ni signification ni influence. Ils peuvent voiler un instant, ils ne changent pas cette situation faussée, ruinée et maladive, où la France se sent envahie par une désorganisation croissante, où l’anarchie s’exhale pour ainsi dire de toutes parts, sous la forme des grèves les plus imprévues, jusque dans les services de l’état, comme sous la forme de ces accusations qui mettent en doute devant le paya l’honnêteté des pouvoirs publics, de la commission du budget elle-même.

Oui vraiment, la haute et puissante commission du budget en personnel Et ce n’est pas le premier venu, ce n’est pas un simple journaliste impatient de bruit qui a ouvert cette campagne de délation ou de suspicion contre l’intégrité parlementaire ; c’est un député, connu ou inconnu, peu importe, républicain lui-même dans tous les cas, peut-être radical, M. Numa Gilly, représentant du Gard. Ce député provençal, maire de Nîmes, jusqu’ici fort silencieux au Palais-Bourbon, a retrouvé sa faconde méridionale devant ses électeurs, à Alais, et il a parlé en homme impatient de dire ce qu’il savait et ce qu’il ne savait pas, de faire la confession des autres encore plus que la sienne. Il a exprimé son indignation des gaspillages financiers dont il prétendait avoir été le témoin, des abus d’influences dont se rendraient coupables des membres du parlement, et, dans une vertueuse révolte, il a fini par déclarer à ses électeurs, Provençaux comme lui, que sur trente-trois membres de la commission du budget, il y avait au moins « vingt Wilsons ! » Il s’était ménagé une liste assez large d’exceptions pour pouvoir y inscrire ses amis ou ses collègues du Gard. Les autres, ceux qui n’étaient pas exceptés, ont réclamé des explications ; ils ont eu la naïveté d’écrire, de porter leurs doléances à la commission du budget, et la plus bizarre des polémiques s’est engagée entre Paris et Nîmes. On a sommé le député du Gard de citer des noms, de dire quels étaient ces « Wilsons » qu’il entendait désigner ; M. Numa Gilly, sans se laisser déconcerter, payant de hardiesse, a répliqué qu’il était prêt à tout dire, qu’on n’avait qu’à le traduire devant une cour d’assises, et que là seulement, devant le jury, il citerait les noms des prévaricateurs. Cette édifiante querelle dure encore. Il y a sans doute bon nombre de calomnies, passablement d’ignorance dans le vertueux réquisitoire du député de Nîmes, et ce qu’il y aurait eu de mieux probablement eût été de ne pas trop prendre au sérieux les accusations de M. Numa Gilly ; mais ce n’est pas la question ou ce n’est pas toute la question. Depuis dix ans, la commission du budget n’a pas même