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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/686

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pas changé, restons dans les conditions pratiques qu’il comporte. L’industrie, guidée et façon née par la science, aiguillonnée par le désir du gain individuel, a produit les merveilles de tout genre dont nous sommes témoins et que nul ne cherche à nier. Dans cette prospérité créée à la fois par le cerveau et le labeur des hommes, par l’invention des savans, l’initiative et l’intelligence organisatrice des chefs d’entreprises, la force physique ou l’adresse des bras, sur ce trésor sans cesse amplifié, grâce à l’impulsion de cet état-major industriel qui se recrute et se renouvelle chaque jour à tous les degrés de l’échelle sociale parmi ceux qui osent et qui savent, sans considération de naissance ou de patrimoine, le travailleur manuel peut légitimement réclamer avec insistance sa part de rémunération, et la réclamer plus forte à mesure que les perfectionnemens techniques et les conditions générales de l’échange le permettent : c’est là son droit incontestable, droit semé de périls s’il en abuse, mais dont les libertés actuelles ne lui garantissent pas moins la possession. C’est à exercer ce droit avec sagesse et modération, avec une saine entente de ses véritables intérêts, en se défendant d’ambitions trop hâtives ou de haines inconsidérées, que doit s’attacher la fraction sage de la classe laborieuse, si elle veut, par des moyens peut-être lents, mais efficaces, améliorer son sort. Au lieu de s’associer à des déclamations insensées, bavardages puérils quand ils ne sont pas le fruit venimeux d’ambitions personnelles aigries, que le parti ouvrier, vraiment digne de ce nom, honore la science, mère des découvertes et sûre directrice des travaux humains, qu’il encourage l’esprit d’initiative et l’association des capitaux, qui seuls, avec le concours des bras, font prospérer les entreprises industrielles ; car s’il stérilisait, en les enrayant par des menaces de spoliation, ces activités, fécondes pour lui comme pour l’ensemble de la société, il ne lui resterait qu’à s’ensevelir sous les ruines qu’il aurait provoquées. Après avoir poussé au pouvoir quelques politiciens de plus, il aurait accru la somme de misère dont souffre le monde et compromis, sans servir aucun intérêt légitime, l’œuvre de la civilisation.


EUGENE D’EICHTHAL.