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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/678

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écrivait que « ce n’est pas l’étendue de la richesse nationale, mais son progrès continuel, qui donne lieu à une hausse dans les salaires. » Il faut encore aller plus loin et dire, d’une façon générale, que tout progrès dans la productivité est profitable à trois catégories de personnes : à l’entrepreneur, à l’ouvrier et au consommateur. Celui-ci, en général, n’est pas le moins favorisé ; en effet, la concurrence des fabricans fait baisser le prix de vente des produits à mesure que le prix de revient est réduit, et l’acheteur en profite. Dans ce cas, la baisse des prix peut diminuer les profits du patron et de l’ouvrier ; mais dans ce débat à trois, où chacun défend ses intérêts, rien ne prouve, a priori, que l’ouvrier soit sacrifié. Pour l’admettre, il faudrait accepter le postulat de Smith, de Turgot et de Ricardo, que le salaire tombe toujours au niveau des subsistances, ce que les faits (et les ouvrages cités plus haut en contiennent d’incontestables preuves), contredisent absolument. Dans la réalité, l’accroissement de richesse, fruit de la collaboration du travailleur avec l’entrepreneur, ouvre au salarié comme au patron des perspectives de gain, et c’est cet accroissement qui mesure, pour l’un comme pour l’autre, l’accroissement possible de leur rémunération. Tant que la productivité du travail augmente la marge de bénéfices du patron, le travailleur a lui-même des chances que son salaire monte. Ces chances subsistent même dans le cas où, par la concurrence des entrepreneurs, le prix des produits baisse ; car, dans ce cas, les capitaux épargnés par les consommateurs se présentent sur un autre point du marché comme acheteurs de travail et font monter la valeur des bras. De plus, comme consommateur, l’ouvrier profite de la réduction sur le prix d’achat des objets dont il doit se pourvoir pour vivre.

On arrive ainsi, et c’est la conclusion commune des auteurs que nous avons nommés en tête de cette étude, à envisager dans son ensemble le phénomène de la production d’une façon plus large et plus rassurante pour les classes laborieuses que ne l’avaient fait plusieurs des anciens économistes. Il résulte des progrès de la création industrielle un total de civilisation où chaque partie prenante peut et doit trouver son profit, profit d’autant plus sûr que la masse partageable due à la collaboration du travail et du capital est plus considérable. Le soi-disant fonds des salaires, sorte de somme fixe à laquelle, d’après l’ancienne théorie, certains ouvriers ne pouvaient toucher sans affaiblir la part des autres, devient un trésor sans cesse grossissant avec la productivité elle-même, trésor sur lequel tous ont un droit croissant, soit directement comme producteurs, soit indirectement comme consommateurs, sans que la quote-part de chacun soit déterminée par une règle absolue, ni