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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/649

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puits voisins. Ils sont d’autant plus fâcheux qu’on ne peut les combattre, à cause de l’atmosphère embrasée qui règne tout autour des gerbes de feu et ne permet pas de les approcher, de sorte qu’ils sont abandonnés à eux-mêmes et durent quelquefois fort longtemps ; ainsi la fontaine de la compagnie Drujba brûla sans discontinuation pendant trois mois. De tels accidens eussent pu sérieusement compromettre le succès des exploitations partout ailleurs qu’à Bakou, qui est assez heureusement doué pour les supporter impunément.

En effet, ce qui caractérise particulièrement l’exploitation du pétrole à Bakou, ce n’est pas seulement le chiffre élevé de la production, mais aussi la marche rapidement ascendante de cette dernière. M. O. Schneider a réuni [1], dans un tableau comprenant trente-trois années, les chiffres de la production annuelle du naphte à Bakou. Cette série d’années, depuis 1832 jusqu’à 1881, présente quelquefois des oscillations en plus et en moins, mais le mouvement progressif ne laisse pas que d’être extrêmement remarquable. Ainsi, l’année 1832 donna 9,828 tonnes, et l’année 1881, 1,965,600 tonnes, ce qui, pour trente-trois années, représente un accroissement de deux cents fois. Quant au produit journalier, il s’est accru au point de dépasser de beaucoup celui des États-Unis, car, dans ces derniers, les puits donnent, en moyenne, 11,500 kilogrammes par jour, tandis qu’à Bakou, ils en fournissent 40,000 kilogrammes [2]. Aussi M. Marvin déclare que la péninsule d’Apcheron et la contrée limitrophe sont tellement saturées de pétrole que les producteurs les plus favorisés de la Pensylvanie ne sauraient s’en faire une idée ; il compare ces contrées à une éponge plongée dans l’eau [3].

La profondeur moyenne des puits à Bakou varie entre 65 et 130 mètres. Les minima et maxima sont compris entre 40 et 147 mètres.

  1. Oscar Schneider, Naturwissenchaftliche Beiträge zur Geographie und Naturgeschichte, p. 249.
  2. Engler, Erdöl in Baku.
  3. Perfectly saturated with petroleum, saturated to an extent of which even the most successful Pensylvanians can have no conception of, and which we can only compare to a sponge dipped in water. (The Petroleum Industry in Southern Russia, p. 6.) — Charles Marvin, ancien correspondant du Morning-Post, voyagea dans l’Asie centrale, notamment dans la région Caspienne, et a publié sur ces contrées des travaux qui ont le mérite de reproduire des observations faites par lui sur les lieux mêmes, mérite plus rare qu’on ne le croit généralement, lorsqu’on considère que, parmi les innombrables volumes et brochures sur l’Orient qui paraissent tous les jours, il en est beaucoup dont les auteurs n’ont jamais quitté l’Europe ou même leur cabinet d’études.