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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/647

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Quelques années plus tard, les Arabes forcèrent les Persans de renoncer aux dogmes de Zoroastre, pour embrasser ceux de Mahomet, mais plusieurs prosélytes zélés de l’ancienne croyance parvinrent à se réfugier à Bakou, où ils rétablirent les temples de Sarachane, et veillèrent à la conservation des feux sacrés. On voit donc que les gaz enflammés de Bakou ont été célèbres depuis environ deux mille cinq cents années. Aujourd’hui ils n’ont qu’une valeur pratique, car ils fournissent aux habitans l’agent employé à la confection de la chaux, au chauffage et à l’éclairage des établissemens industriels de Bakou.

Au nombre des localités les plus remarquables par le dégagement de carbures d’hydrogène figurent la chaîne du Chah-dagh, le mont Schoubani, mais surtout le golfe au sud du cap Baïloff.

La longue chaîne du Chah dagh, située dans la partie sud-ouest de la province de Kouban, entre Derbent et Apcheron, s’élève à 4,500 mètres, et offre à une altitude de 2,600 mètres, dans la localité nommée Kemav-gi, le curieux spectacle de gerbes de gaz d’hydrogène carburé s’élançant en flammes perpétuelles. C’est ce qui a lieu également sur le mont Schoubani, situé à l’ouest du cap Baïloff, à une altitude de 275 mètres au-dessus du niveau de la Caspienne. Ces émanations sont plus considérables encore dans le golfe peu profond au sud du cap Baïloff, près du village Baïbat. A environ 2 kilomètres de la côte, le fond du golfe contient, à 6 mètres au-dessous du niveau de la Caspienne, trois sources gazeuses situées tout près l’une de l’autre. Le dégagement du gaz est tellement violent, que l’eau de toute cette partie du golfe se trouve constamment dans un état d’ébullition tumultueuse. Les habitans de Bakou s’y rendent quelquefois en bateau pour se procurer le divertissement d’enflammer le gaz à l’aide d’allumettes, ce qui donne lieu à un spectacle vraiment féerique, car la surface du golfe est alors illuminée pendant quelques instans par d’innombrables gerbes de feu.

C’est également le gaz hydrogène carburé qui soulève les masses de limon vomi par les volcans de boue dont la presqu’île d’Apcheron est hérissée, et parmi lesquels mérite d’être mentionné le Bag-Bog ; il est de 118m, 9 au-dessus du niveau de la Caspienne et a la forme d’un cône tronqué, peu élevé, reposant sur une large base. Ses sommets et versans sont revêtus d’une croûte endurcie de boue qui, à son tour, est recouverte de naphte noir. Aujourd’hui, le Bag-Bog manifeste à peine son activité. Sur quelques points du sommet du cône se trouvent des dépressions remplies d’eau salée d’où se dégagent des bulles d’hydrogène carburé en entraînant des gouttes de naphte.