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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/646

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littoral opposé, c’est-à-dire jusqu’au golfe de Krasnovodsk, y compris l’île de Tchélikène. Le fait est attesté par les conditions batho-métriques de la bande d’eau qui s’étend dans cette direction, car tandis qu’elle ne dépasse pas 231 mètres de profondeur, celle-ci atteint 1,091 mètres des deux côtés de la bande. D’ailleurs, lorsque l’on considère que la péninsule d’Apcheron et l’île de Tchélikène sont composées de roches du même âge, et qu’on y observe certains phénomènes identiques, tels que le dégagement de l’hydrogène carburé, il devient évident que l’action d’agens souterrains qui ont opéré le soulèvement de la presqu’île d’Apcheron a dû se manifester également dans le fond de la Caspienne, en s’étendant jusqu’à ses côtes orientales, et même plus loin dans cette direction. On peut évaluer la superficie de la presqu’île d’Apcheron à environ 1,828 kilomètres carrés, dont plus de la moitié n’a pas encore été exploitée.

Le naphte de la presqu’île a été analysé à plusieurs reprises par les savans russes, ainsi que par les chimistes étrangers, notamment par M. Henri Sainte-Claire-Deville, qui a étudié des échantillons de naphte communiqués par l’amiral Tchihatchef [1]. Il résulte de ces analyses que les propriétés physiques du pétrole russe ne diffèrent pas essentiellement de celles du pétrole de la Pensylvanie.

Tout autour de Bakou, le sol, imprégné de naphte, dégage des gaz hydrogènes carbures. Sur plusieurs points, particulièrement sur le plateau de Sarachane, on le voit s’élancer aussitôt qu’on creuse le sol à quelques pieds de profondeur. Lorsque les gaz s’enflamment, ils donnent lieu à ces gerbes lumineuses, célèbres dans l’antiquité sous le nom de « feux sacrés. » En effet, le culte du feu ayant été introduit en Perse six siècles avant notre ère, à une époque où Bakou appartenait à ce pays, les adeptes du nouveau culte ont dû vouer toute leur vénération aux flammes qui jaillissent en ces lieux. En tout cas, il résulte des témoignages historiques que, bien antérieurement à l’ère chrétienne, des milliers de pèlerins venaient offrir leurs hommages aux autels dressés à Sarachane. Cette localité, située à peu de distance de Bakou, acquit une telle importance, qu’au VIe siècle après Jésus-Christ, l’empereur Héraclius crut ne pouvoir porter un coup plus sensible à la puissance de la Perse qu’en s’emparant de Bakou et y détruisant les temples des mages.

  1. Voir dans les Comptes-rendus de l’Académie des sciences (année 1869), le mémoire de l’éminent chimiste français sur les propriétés physiques de quelques pétroles de l’empire de Russie.