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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/61

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mutuellement de pareils services, et parce que Mélilla est le point le plus rapproché. — Si j’avais été présent, la mort de tes hommes n’aurait pas eu lieu ; le Maroc ne serait pas venu me menacer de me les enlever ici. Il n’y a que les Français qui puissent me battre ; quant aux Marocains, je ne les crains pas. Je désire faire la paix avec vous ; une guerre continuelle est un fléau. Penses-tu que la France y consente ? — Adresse-loi à elle ; si tu n’exigeais pas trop, cela pourrait peut-être se faire. — Ne parle à qui que ce soit de ce que je viens de te demander, ni d’une lettre que je te remettrai. Je n’ai jamais voulu te faire de mal ; je sais que tu appartiens à une famille honorable. Veux-tu prendre sous ta protection un chef arabe porteur de la lettre que j’adresserai au roi et me promets-tu qu’il ne lui sera rien fait ? — Je te le promets. »

Le 10 novembre, Courby de Cognord écrivit au maréchal Bugeaud, au général Cavaignac et au consul-général de France à Tanger : « El-Hadj-Abd-el-Kader me charge de vous prévenir qu’il rend la liberté aux onze prisonniers français qui lui restent, qu’il vient de donner des ordres pour que nous soyons conduits à la ville espagnole de Mélilla, où nous devons arriver dans peu de jours, qu’il a été bon pour nous, et qu’il espère que la France sera aussi généreuse que lui, en lui rendant également les siens. » Les prisonniers arabes étaient arrivés depuis plusieurs jours de Toulon à Mers-el-Kébir ; mais le général Cavaignac attendait toujours la réponse à ses propositions du 5 octobre.

Enfin, le 23 novembre, à deux heures du matin, Courby de Cognord et ses compagnons se mirent en chemin pour Mélilla, sous la garde de 60 cavaliers et de 150 fantassins. Dans la seconde journée du voyage, le lieutenant Hillairin succomba aux misères de la captivité ; il mourut la veille de la délivrance. Le 25, les prisonniers furent amenés sur le bord de la mer. On voyait à quelque distance une balancelle espagnole ; elle avait à bord l’enseigne de vaisseau Durande, qui depuis plusieurs jours attendait avec anxiété l’exécution de la convention depuis longtemps faite. L’enseigne, qui avait dû prendre l’uniforme espagnol, était assisté d’un officier envoyé par le gouverneur de Mélilla, le capitaine Cappa. Une barque amena de la côte un des chefs arabes ; les piastres furent d’abord comptées par lui, puis transportées à terre. Une fois l’argent reçu en échange des prisonniers, ceux-ci gagnèrent aussitôt la balancelle, qui mit sans tarder le cap sur Mélilla. Il était temps ; les Kabyles du voisinage, mécontens de n’avoir pas eu leur part de l’aubaine, commençaient à tirer des coups de fusil.

De Mélilla, où le plus généreux accueil leur fut fait, les prisonniers reprirent la mer, le lendemain, pour Nemours. Le colonel de