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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/587

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préférée à celle de l’état pour toute entreprise susceptible de rémunération. Cela ne veut pas dire que certains grands services dont on doit désirer, à un point de vue de civilisation générale, qu’ils embrassent absolument tout le territoire, comme les postes ou les télégraphes, ne doivent pas être exercés par l’état. Encore, pour les télégraphes du moins, ce monopole de l’état a-t-il des inconvéniens considérables : le secret des télégrammes est beaucoup moins gardé par l’état que par les sociétés privées ; on a vu, dans ces derniers mois, en France, des plaintes très graves à ce sujet s’élever de partis politiques divers ; la responsabilité pécuniaire de l’administration télégraphique de l’état, pour ses erreurs et pour ses fautes, n’existe pas. Chaque papier télégraphique en France prend soin de nous avertir que, en vertu de la loi, l’administration télégraphique est irresponsable. Elle peut, par une erreur de transmission, causer un préjudice de plusieurs milliers de francs ou de dizaines de mille francs à un particulier, et elle se refuse à accorder une réparation quelconque. Des arrêts des cours lui ont reconnu cette immunité abusive pour des dépêches relatives à des opérations de bourse. Placé en face d’une administration d’état, l’individu se heurte toujours à une bureaucratie hautaine, plus ou moins irresponsable, à des lois qui dérogent au droit commun, à des juridictions particulières et plus ou moins partiales. Aussi on ne saurait rendre trop rares les exceptions à la règle qui recommande de confier à l’action individuelle les services, quels qu’ils soient, susceptibles de rémunération.

L’association volontaire, les sociétés libres, de toute taille et de toute forme, en vertu de la flexibilité dont elles jouissent, de la rapidité aux adaptations successives, de la part plus grande qu’elles font à l’intérêt personnel, à l’innovation, de leur responsabilité mieux définie à l’égard de leur clientèle, de la concurrence aussi qu’elles subissent et qui les stimule, doivent être préférées à l’état pour tous les services qui sont susceptibles d’être défrayés tant par celui-ci que par celle-là.

L’état étant un organisme d’autorité qui use ou menace de contrainte, toutes les fois que l’on peut parvenir à des résultats à peu près équivalens par la voie de la liberté, cette dernière doit avoir la préférence. Alors même que l’on concevrait que l’état pût, dans certaines circonstances, momentanément, organiser un service d’une manière plus générale, peut-être plus complète, que les sociétés libres, ce ne serait pas une raison suffisante pour se prononcer en faveur de l’action de l’état. C’est ici, en effet, qu’il importe de s’élever à une vue synthétique de la société, au lieu de n’en considérer que les parties isolées et comme au microscope. La liberté,