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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/56

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engloutir d’abord les Français. Quand ils virent sur leur tête les sabres des hussards, ils furent tout surpris et scandalisés ; cependant il leur fallut bien essayer de se défendre, à quoi ils ne réussirent guère ; car ils furent bien vite mis en déroute. De huit drapeaux qu’ils avaient, sept furent pris ; quant au thaumaturge, il disparut, et jamais plus on n’entendit parler de lui.

Au temps où surgissaient de tous côtés les émules de Bou-Maza, Bou-Chareb, dans le Djebel-Dira, avait eu quelques succès d’abord ; mais les généraux d’Arbouville et Marey étaient venus facilement à bout de lui. Restait à pacifier définitivement cette région montagneuse et toute la partie du Titteri qui touche à la province de Constantine. Ce fut l’œuvre du duc d’Aumale pendant le printemps de l’année 1846. Le maréchal Bugeaud lui avait recommandé de chercher avec soin dans ces parages un point qui, de simple biscuitville d’abord, pourrait peu à peu s’élever, en passant par la condition de poste-magasin, jusqu’à l’état supérieur de base permanente, au même titre que Médéa ou Miliana. Le prince reconnut et choisit la position de Sour-Ghozlan, sur le revers nord du Djebel-Dira. Il y avait là un ancien bordj turc qui fut mis aussitôt en état de défense. De fait, la croissance du nouvel établissement fut beaucoup plus rapide que n’avait pensé le gouverneur. Avant la fin de l’année 1840, il avait pris rang parmi. les postes permanens et s’appelait Aumale ; vers le même temps, le nom de Nemours était donné à Djemma-Ghazaouat. Destiné à devenir bientôt chef-lieu de subdivision, Aumale se trouvait au nœud des communications d’Alger avec Tiaret d’une part, Bou-Sâda et Constantine de l’autre.

La province de Constantine, depuis l’administration du prince en 1844, avait joui d’une tranquillité si complète, par comparaison à ce qui se passait dans l’ouest, qu’au moment de l’insurrection de 1845, le maréchal Bugeaud avait pu en distraire le général Bedeau, qui en était le commandant titulaire, pour lui conférer pendant la crise le commandement du Titteri. C’était le général Levasseur qui le remplaçait provisoirement à Constantine. Cet intérim ne fut signalé que par un incident dont les suites ne furent heureusement pas aussi fâcheuses qu’elles avaient paru l’être au premier moment. Comme le général Levasseur venait de faire, tout à l’ouest de la province, dans le Belezma et le Hodna, une tournée de police, et pendant qu’il reprenait le chemin de Constantine, sa colonne, avant d’arriver à Sétif, fut assaillie, dans les défilés de Djebel-bou-Taleb, le 3 janvier 1846, par un ouragan de neige d’une violence telle qu’il lui fut impossible d’y résister. Les hommes s’égarèrent et se dispersèrent. Ceux qui, le lendemain soir, purent enfin gagner Sétif, étaient en si petit nombre qu’on fut d’abord porté à croire le