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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/558

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choses ; alors ceux qui voudront venir avec moi dans l’est seront libres de le faire. Je te prie également de t’intéresser à la mise en liberté de mon frère El-Sidi-Mohammed-bou-Hamedi, le plus tôt possible, afin qu’il puisse m’accompagner. »

La Moricière crut pouvoir souscrire, sous sa responsabilité, aux conditions demandées par l’émir. Voici sa réponse : « Louanges au Dieu suprême. De la part du général de La Moricière à Sidi el-Hadj-Abd-el-Kader-ben-Mahi-ed-Dine, — que le salut soit avec toi ! — J’ai reçu ta lettre et je l’ai comprise. J’ai l’ordre du fils de notre roi, — que Dieu le protège ! — de t’accorder l’aman que tu m’as demandé et de te donner le passage de Djemma-Ghazaouat à Alexandrie ou à Akka ; on ne te conduira pas autre part. Viens comme il te conviendra, soit de jour, soit de nuit. Ne doute pas de cette parole ; elle est positive. Notre souverain sera généreux envers toi et les tiens. Quant aux tribus qui t’ont quitté et qui sont chez les Msirda, je me rendrai demain au milieu d’elles. Les esclaves, chameaux, chevaux, mulets et effets qui t’appartiennent et ont été emmenés par elles, tu peux être tranquille à leur égard ; tout ce qui t’appartient te sera rendu, et la part qui te revient sur les choses qui sont en commun te sera remise. Il en sera de même pour ceux qui sont avec toi. Je suis certain que tu pourras emmener dans l’est par mes soins ceux qui voudront te suivre. Pour ce que tu me dis relativement à Bou-Hamedi, aussitôt que tu seras arrivé, je ferai partir un bateau pour Tanger, et j’écrirai au consul de France de réclamer Bou-Hamedi à Mouley-Abd-er-Rahmane. Je pense qu’il sera mis en liberté et, s’il le veut, il pourra aussi te suivre dans l’est. On m’a dit que ta famille était chez les Msirda ; je ferai en sorte qu’il ne soit rien enlevé de ce qui lui appartient. Quant à ce dont tu auras besoin, au moment de ton arrivée, pour toi et pour ceux qui t’accompagnent, lu sais ce que nous avons fait pour ton frère et pour les siens. Tu peux voir par là ce que nous ferons pour toi. Tu peux être certain que tu seras traité comme il convient à ton rang. »

Le lendemain, 23 décembre, à neuf heures du matin, La Moricière, avec 200 chevaux, se dirigeait vers la deïra quand il apprit, par une dépêche du colonel Montauban, qu’Abd-el-Kader venait d’arriver à lui, devant le marabout de Sidi-Brahim. Sidi-Brahim ! Quel souvenir ! Quel contraste entre la journée du 23 décembre 1847 et la journée du 23 septembre 1845 ! Ce fut sur le théâtre même de son plus complet triomphe que l’émir fit sa soumission au général de La Moricière, « le seul, disait-il, entre les mains duquel il avait pu se résoudre à consommer le sacrifice suprême de son abdication. » Une heure après, il entrait à Nemours.