Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/555

Cette page n’a pas encore été corrigée


puis, en fin de compte, à licencier sa deïra et à se rendre lui-même à Fez. En même temps, l’empereur fît porter à ses fils l’ordre formel de prendre l’offensive, si « le révolté » ne se soumettait pas, et d’insurger contre lui toutes les tribus de la frontière.

On apprit, le 8 décembre, que tous ces ordres étaient en cours d’exécution. La rive gauche de la Moulouïa était investie par les deux fils de l’empereur, par le kaïd d’Oudjda, par le kaïd du Rif, et par Bou-Ziane-ech-Chaoui avec la cavalerie des Halaf. On estimait l’ensemble de leurs forces à 40,000 hommes. Les Beni-Snassen eux-mêmes s’étaient décidés à prendre parti pour Abd-er-Rahmane contre le rebelle, qu’il n’était plus permis de désigner que par le nom réduit de Kader. L’empereur, en le frappant d’une sorte de dégradation religieuse, lui avait enlevé les titres de Sidi, de Hadj, et même la particule Abd. Pour les musulmans fanatiques, si nombreux dans le Maroc, cette dégradation était chose grave.

Aux forces rassemblées contre lui, Abd-el-Kader ne pouvait guère opposer que 2,000 ou 3,000 combattans, mais c’étaient des guerriers dont il était sûr. Il chercha sur la basse Moulouïa un bonne position défensive, et vint s’établir dans un lieu nommé Gherma, sa gauche appuyée à la rivière, sa droite aux montagnes. Averti par une dernière sommation d’Abd-er-Rahmane et par une lettre de Bou-Hamedi qu’il n’y avait plus d’accommodement possible, il prit la résolution d’attaquer ses adversaires. S’il parvenait à s’emparer de l’un des fils de l’empereur, ne serait-ce pas à lui dès lors de dicter ses conditions ? Après avoir entendu le rapport d’un de ses aghas qui avait reconnu la disposition des camps marocains, particulièrement de celui que commandait le second fils d’Abd-er-Rahmane, il fit jurer à tous ses réguliers de ne pas tirer un coup de fusil avant d’être arrivés à la tente du prince.

Le 10 décembre, il mit en mouvement ses fantassins ; le lendemain, il les suivit avec les cavaliers. Son projet était de surprendre l’ennemi par une attaque nocturne, et, pour l’épouvanter davantage, il fit enduire de goudron et charger de fascines également goudronnées quatre pauvres chameaux, qui devaient être lâchés tout flambans à travers les tentes. Malheureusement pour lui, le secret fut livré aux Marocains, qui se tinrent sur leurs gardes. Mouley-Ahmed donna l’ordre à ses troupes d’évacuer les tentes, en les laissant dressées, et de se ranger en arrière. Tentée à deux heures du matin, la surprise échoua donc ; mais l’émir, qui voulait prendre à tout prix sa revanche, se jeta sans tarder sur le deuxième camp, — il y en avait quatre, — et s’en empara. Cependant le jour naissant lui montra toutes les hauteurs voisines occupées par l’ennemi, et il lui fallut combattre énergiquement pour n’être pas coupé de la deïra, sur laquelle il fut contraint de se