Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/55

Cette page n’a pas encore été corrigée


Au mois d’avril, le général Pélissier, sorti de Mostaganem, Saint-Arnaud d’Orléansville, et Canrobert de Tenès, agirent simultanément dans le Dahra ; le résultat de ce concert fut l’expulsion définitive de Bou-Maza, qui passa dans l’Ouarensenis. Il n’y releva pas, tant s’en faut, la fortune d’El-Sghir, qui périclitait de plus en plus. Toutes les tribus, lasses de la guerre, l’abandonnèrent successivement, et il suffit d’une simple apparition du maréchal Bugeaud sur l’Oued-Rouina, au mois de mai, pour achever sa déchéance. Quelques jours après, on sut d’une manière certaine que les deux khalifas étaient allés ensemble joindre à Stitten, dans le désert, leur infortune à celle du maître.

Dans la subdivision de Tlemcen, le général Cavaignac ne cessait pas d’exercer sur la frontière du Maroc et même au-delà, de temps à autre, la police que le gouvernement marocain oubliait ou se sentait incapable de faire. Dans une de ces courses, au mois de février 1846, la colonne qu’il commandait fit halte auprès du marabout de Sidi-Brahim. Les restes des braves qui avaient péri dans la fatale journée du 23 septembre gisaient épars sur le champ de bataille ; au-dessus de la fosse où ils furent pieusement recueillis, un monument bien simple, une pyramide de terre gazonnée, s’éleva en deux heures ; puis, le général en tête, l’épée à la main, l’infanterie la baïonnette au canon, la cavalerie le sabre au clair, les tambours battant aux champs, les trompettes sonnant la marche, la colonne défila au pied de l’ossuaire ; une salve d’artillerie envoya aux morts le suprême adieu, et quand les troupes reformées en bataille eurent présenté les armes, elles s’éloignèrent, émues, silencieuses, dans la direction de Djemma-Ghazaouat.

Un jour, vers la fin de mars, le général Cavaignac vit arriver sous Tlemcen une bande étrange, conduite par un derviche, un thaumaturge, qui se faisait appeler Sidi-Mohammed-el-Fadel. « Tu sais, écrivit-il au général, qu’il doit venir un homme qui régnera jusqu’à la fin des temps. Cet homme, c’est moi, Mohammed, envoyé par Dieu et choisi parmi les plus saints de la suite du Prophète. Je suis l’image de celui qui est sorti du souille de Dieu ; je suis l’image de Notre-Seigneur Jésus. Je suis Jésus ressuscité, ainsi que tout le monde le sait, croyant à Dieu et à son Prophète. Si tu ne crois pas les paroles que je te dis en son nom, tu t’en repentiras aussi sûr comme il n’y a qu’un Dieu au ciel qui a le pouvoir de tout faire. Salut ! » Le jour où il avait la prétention d’entrer dans Tlemcen, le général Cavaignac alla au-devant de lui. Le thaumaturge n’avait pas moins de 1,200 fantassins et de 800 cavaliers, Marocains pour la plupart ; d’après les promesses de leur chef, ils n’avaient même pas besoin d’apprêter leurs armes, la terre devant