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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/534

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l’incorrigible Gazette bientôt reparaissait et recommençait de plus belle, certaine de caresser les passions intimes, invétérées, du souverain. Le roi passait d’ailleurs pour son secret collaborateur ; on allait même jusqu’à lui attribuer la paternité des articles les plus mordans.

Les haines sauvages que la France inspirait au parti féodal prussien ne trouvaient pas d’écho dans le midi de l’Allemagne. La France n’est pas exempte d’iniquités, trop souvent elle a troublé le monde, mais du moins sa domination n’a jamais laissé d’odieux souvenirs. Si elle avait froissé les populations conquises, dans leurs intérêts et leurs affections, les provinces rhénanes, Mayence et le Palatinat ne l’eussent pas si longtemps regrettée, et la Belgique n’eût pas en 1830 demandé à associer ses destinées aux siennes.

La Bavière, le grand-duché de Bade et le grand-duché de Hesse-Darmstadt se rappelaient sans amertume la confédération du Rhin ; ils ne partageaient pas les appréhensions que l’avènement d’un second empire provoquait à Berlin, ils y voyaient plutôt une garantie pour leur autonomie. Leur attitude irritait M. de Bismarck, il dénonçait les états de la confédération germanique à son gouvernement ; il leur faisait un crime de se montrer impatiens de continuer avec l’empereur Napoléon III les relations cordiales qu’ils avaient entretenues avec le président de la république. — « Cela jette, disait-il mélancoliquement, un triste jour sur la fragilité des liens qui unissent les gouvernemens allemands. » Il se consolait avec les propos des princes et des ministres qui partageaient ses passions. Il racontait à M. de Manteuffel que le roi des Belges, auquel il venait de se faire présenter à Wiesbaden, lui avait dit spontanément qu’il se considérait comme l’avant-garde de la Prusse ; qu’il fallait s’attendre, du côté de la France, aux choses les plus invraisemblables ; que Louis-Napoléon n’avait pas de jugement, qu’il méconnaîtrait ses propres intérêts, que son passé avait faussé son diagnostic politique, et que ses entours, soit par incapacité, soit parce qu’il les laissait dans l’ignorance sur ses intentions, n’étaient pas en état de le conseiller.

Le roi des Belges, sans contredit, était un esprit d’une grande distinction et d’une rare sagacité ; il comprenait à merveille ses