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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/479

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pays de la triple alliance. Il est attendu en Autriche, où les chasses alterneront avec les somptueux galas de cour ; il doit aussi aller à Rome et la préparation du voyage de Rome est probablement tout le secret de la récente promenade de M. Crispi à Friedrichsruhe. Les Italiens y tiennent. Il y a longtemps qu’ils n’ont pas vu un empereur à Rome Ils n’ont pas pu avoir le vieux Guillaume Ier ; ils auront le jeune Guillaume II, le chef de la triple alliance. Ils lui préparent des fêtes magnifiques, des réceptions, des revues, des illuminations, des ovations officielles, tout ce qui peut faire illusion à un prince en voyage. Le fait est qu’un empereur germanique à Rome, ce sera un spectacle curieux ! Les Italiens croient y voir un moyen de rehausser leur position. M. de Bismarck, pour sa part, n’avait aucune raison de déambuler un voyage qui rentre dans ses combinaisons ; qui, en faisant tant de Plaisir aux Italiens, les lie de plus en plus à sa politique. Jusque-là c’est fort bien, l’alliance triomphe. Peut-être, cependant, y a-t-il dans tout cela quelque revers de médaille, quelque mécompte inévitable qu’on aura de la peine à déguiser sous l’éclat des démonstrations officielles.

On aura beau s’ingénier à Rome : on ne peut pas éviter la visite de l’empereur Guillaume au Vatican, et, la visite une fois décidée, elle ne peut être faite que dans des conditions suffisantes de dignité pour l’empereur lui-même, comme pour le souverain pontife que Guillaume Ier a invoqué un jour comme arbitre, dont le chancelier de Berlin s’est habilement ménagé l’appui dans des momens difficiles. Comment se fera la visite ? Elle devra d’une façon quelconque tout concilier, respecter l’honneur du saint-père, parce qu’autrement elle ne serait pas acceptée. Ni Guillaume II ni son puissant conseiller M. de Bismarck tout alliés qu’ils soient de l’Italie, ne veulent sûrement s’exposer à froisser l’Allemagne catholique, dont les chefs, M. Windthorst en tête, réclamaient ces jours derniers encore, dans un congrès de Fribourg, dépendance temporelle du saint-siège. C’est là un point délicat du prochain voyage impérial. Il y a une autre épine pour les chefs officiels de l’Italie. Guillaume II se rendra à Rome : il est plus que vraisemblable que l’empereur d’Autriche continuera à s’abstenir, qu’il n’ira pas encore cette fois rendre sa visite au roi Humbert dans le palais du Quirinal, trop voisin du Vatican. Il ira bien, si l’on veut, à Venise ou dans quelque autre ville italienne ; il ne paraît pas encore décidé à aller jusqu’à Rome, et la présence prochaine de l’empereur Guillaume au Quirinal, ne peut que rendre plus sensible l’absence de l’empereur François-Joseph, en montrant une fois de plus tout ce qu’il y a de discordances, de contradictions, de réserves dans cette triple alliance dont on parle toujours. Tout n’est donc pas profit dans ces représentations à fracas organisées pour abuser les peuples dans ces manifestations et ces grandes combinaisons qui sont la mode du mo-