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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/475

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instructive, avec le zèle attentionné et l’intelligence d’un chef expérimenté. Qu’avait à y voir M. le président du conseil ? Il n’y entend rien, il n’est pas marin ; il ne connaît pas le premier mot de tous ces puissans services de mer, pas plus qu’il ne sait comment on parle à des marins. N’importe, M. Floquet, éclairé d’une illumination soudaine, comme il l’a fait savoir par une communication officielle, a voulu aller illustrer de sa présence les manœuvres navales. Il a prétendu, par modestie assurément, qu’il ne se rendait à Toulon qu’en amateur, en touriste. On ne lui a pas moins fait les honneurs comme à un chef de gouvernement. On l’a promené de navire en navire ; on lui a offert le spectacle des manœuvres, d’une opération de torpilles. Il a visité, toujours avec son cortège, les établissemens maritimes, les chantiers, où il a naturellement parlé aux ouvriers, les « bâtimens immenses, » les « engins formidables. » voilà une inspection bien passée et surtout bien utile ! Malheureusement, il y a un autre inconvénient : M. Floquet, touriste ou ministre, ne peut pas faire autrement que de porter son radicalisme en voyage. Il n’a pas pu se contenter de la société de nos marins, qui est pourtant assez bonne : il a voulu faire la cour aux radicaux de Toulon, aller au milieu d’eux leur adresser des discours, et alors la politique a reparu, l’éternelle politique de la marche en avant sans savoir où l’on va, de la désorganisation universelle, des désordres financiers, des guerres religieuses, le tout déguisé sous le nom de libertés républicaines. M. Floquet parle toujours de faire face aux réactions, aux menaces de dictature, et il ne se doute même pas encore que c’est précisément sa politique, la politique radicale, qui a fait les chances des réactions, des velléités usurpatrices d’un dictateur d’aventure devant un pays excédé d’une expérience malfaisante. Était-ce la peine de s’en aller à Toulon pour se donner le ridicule d’une représentation de vanité sur notre flotte, et prouver une fois de plus que le radicalisme n’a jamais rien appris ni rien oublié ?

Que la politique radicale portée en voyage par M. le président du conseil soit dès longtemps jugée par ses œuvres, qu’elle ait ruiné ou singulièrement compromis nos affaires françaises, ce n’est plus même un doute : la difficulté est maintenant de réparer le mal qu’elle a fait, de raffermir tout ce qu’elle a ébranlé, de remettre l’ordre là où elle a mis l’anarchie, et si la question n’est pas résolue, ce n’est pas faute d’être agitée entre les partis en présence. Elle reste, par ce temps de vacances comme avant, l’obsession des esprits, de ceux qui mettent en cause la république elle-même, et de ceux qui veulent la défendre contre ses excès, contre les dangers qui la menacent. Elle était débattue tout récemment encore, et par M. Jules Ferry dans un nouveau discours à Remiremont, et par le président de la chambre, M. Méline, et par un député qui a été ministre, M. Develle. M. Jules Ferry et ses amis n’ont pas les voyages officiels, ils ont les comices ruraux, les