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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/471

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faisant la grosse voix ; et l’on rit, au moins de sa maladresse, en quelques passages de la Prose ou de la Sérénade, ou bien de ce bizarre scénario, Entre frères. — Mieux avisé une autre fois, a-t-il prêté à ses truchemens je ne sais quel ton ironique, propre à faire comprendre à l’auditoire qu’il ne s’agit que d’une gageure ? Pourvu que le jeune dure pas longtemps, on sourit en pinçant les lèvres : Au mois de mai ne dure pas un « quart d’heure. » Si l’auteur est doué merveilleusement pour ce genre, il poussera peut-être avec bonheur jusqu’à vingt minutés : c’est la gloire de M. Méténier d’avoir mené si loin cet opuscule, En famille. — Mais si l’auteur est un homme de talent, s’il n’admet que le ton sérieux, s’il contraint ses héros de le soutenir pendant trois actes, Oh ! alors, il nous inflige un supplice. M. Bonnetain, M. Descaves sont dissimulés derrière leur ouvrage, la Pelote : impossible de les entrevoir et de les atteindre. Et la bande qu’ils ont lâchée sur la scène continue, sans un clin d’œil, sans une intonation ironique, pendant une heure et demie, son déballage d’atrocités et son boniment. A qui donc nous en prendre et comment nous soulager ? La souffrance physique, la mort même est sous nos yeux, comme dans une tragédie ; .. mais c’est ici une tragédie sans pitié, qui ne fait pas couler de larmes. Le vice nous saute au visage, comme dans une comédie ; .. mais c’est ici, une comédie sans gaîté, qui ne fait pas rire. En effet, ce « Théâtre nouveau, » un de ses adeptes, M. Paul Margueritte, le loue de n’être « point naturaliste, mais cruel,.. crispant les nerfs au lieu de désopiler la rate, et fondé sur la douleur, » — entendez sur la douleur du public, — « au même titre que l’autre le fut sur la joie. »

Cependant le public préfère sa joie à sa douleur ; il est composé de Parisiens plutôt que d’Aïssaouas… On se rappelle ce « Parisien, » de M. Gondinet, à qui un jeune peintre apportait un tableau lugubre : « Oh ! non, disait-il, je n’achète jamais de choses tristes ; celles qu’on a pour rien me suffisent ! » Je doute que cet avis attire beaucoup de pièces de dix francs, beaucoup de billets de banque dans la caisse d’un théâtre : « Un fauteuil pour une représentation donne droit à une crise de nerfs ; un abonnement à une névrose. » Même pour rien, les invités de M. Antoine ont témoigné qu’ils aimaient mieux avoir une chose gaie qu’une « chose triste. » Ils ont fêté de bon cœur Monsieur Lamblin, qui leur a produit l’effet d’une comédie. Or il y avait dans la Pelote, assurément, plus de traits de comédie que dans Monsieur Lamblin ; mais, justement, il y en avait trop : concevez-vous une promenade, même une partie de pêche, sur une rivière qui n’aurait pas d’eau, qui serait « tout poisson ? » Ce gendre, cette belle-mère, que M. George Ancey nous présente, ne sont pas des anges, mais un homme, une femme, deux égoïstes : seulement, chacune de leurs