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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/468

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préférez-vous M. Jourdain, qui, pour avoir un gendre gentilhomme, marierait sa fille au fils du Grand-Turc ? Ou bien Argan, qui veut marier la sienne à Thomas Diafoirus ? « C’est pour moi, dit-il, que je lui donne ce médecin, et une fille d’un bon naturel doit être ravie d’épouser ce qui est utile à la santé de son père. » — Si les pères sont odieux, voulez-vous voir les fiis ? C’est notre « Étourdi, » spéculant sur la prétendue apoplexie de Pandolfe ; et don Juan, qui raille don Luis ; et Cléante, qui se rencontre avec Harpagon, l’un emprunteur, l’autre usurier, pour faire assaut d’injures ! — Si le choix d’un gendre est souvent une occasion, pour les hommes, de montrer leur égoïsme, hé ! qu’est-ce donc que le choix d’une femme ? Ce n’est pas pour son bonheur, à elle, que Sganarelle, dans l’École des maris, veut épouser sa pupille, ni Arnolphe, dans l’École des femmes : ces maîtres, bien portans, exigeraient de leur esclave plus de petits soins que le moribond Morel. Si Mariane avait de l’argent, Harpagon l’épouserait, et le sacrifice accepté ne lui causerait pas de remords. — Au moins, la famille constituée, son chef n’a-t-il souci que de se dévouer pour elle ? Nos pas ! Charité bien ordonnée continue comme elle a commencé, Orgon vous le donne à entendre :

Et je verrais mourir frère, enfans, mère et femme,
Que je m’en soucierais autant que de cela.

Voulez-vous des maris trompés qui soient plus débonnaires que M. Cottin, le héros de la Sérénade ? Voici Sganarelle, — l’homme d’imagination, — qui a peur d’un méchant coup, et reproche doucement au cavalier qu’il croit son rival de « ne pas agir en bon chrétien. » voici George Dandin, qui demande pardon à l’amant de sa femme « des mauvaises pensées qu’il a eues de lui. » — Voulez-vous un mari plus inconstant, surtout plus dur que M. Lamblin ? Don Juan ! — Une garde-malade qui soigne l’héritage aussi attentivement qu’Esther Brandès ? Bétine ! — Un épouseur plus attaché à la dot, plus philosophe sur le reste, que M. Daveine, le représentant de « la Prose ? » Trissotin, l’innocent Trissotin ! Averti par Henriette de certaines mésaventures qu’il mérite, il répond avec sang-froid :

A tous événemens le sage est préparé.

Au surplus, en haut de la société, en bas, que de personnages divers qui poursuivent l’argent ! Laissons de côté « l’Avare : » c’est un monomane, et je veux bien qu’il soit unique. Mais Tartufe, cet homme de bonne compagnie, est un coureur de donations ; Dorante, le brillant ami de M. Jourdain, entre le petit lever du roi et son petit coucher, n’exerce pas seulement l’état de parasite, mais celui d’escroc.