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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/450

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On va célébrer dans quelques jours, à Montbard, le centenaire de la mort de Buffon : c’est une occasion naturelle de reparler d’un grand écrivain dont il est vrai que l’on ne parle guère, que l’on lit moins encore, et qu’il semble surtout que l’on juge et que l’on connaisse assez mal. Deux ou trois mots, passés presque en proverbes : « Le style, c’est l’homme même, » et « le génie n’est qu’une longue patience, » dont le premier doit peut-être une part de sa popularité littéraire à la facilité que l’on a de le tordre en vingt façons ; — deux ou trois pages : la description de l’oiseau-mouche ou du colibri, qui ont cela de particulier d’être extrêmement brillantes sans chaleur, ou celle encore du cheval, qui est devenue le modèle de l’emphase, de la disproportion des mots avec les choses, de l’éloquence hors de sa place et conséquemment importune ; — enfin quelques historiettes, comme celle de l’habit de velours incarnat ou des manchettes de dentelle que ce grand seigneur de lettres, en son château, passait avant de s’asseoir à sa table de travail, voilà ce que l’on cite en général, et voilà presque tout ce que l’on sait de Buffon. C’est peu de chose, et vraiment ce n’est pas assez. L’Histoire naturelle demeure en effet toujours une des grandes œuvres du XVIIIe siècle, avec l’Esprit des lois et l’Essai sur les mœurs, et ce n’est pas le nom de Diderot, comme on fait depuis quelques années, c’est toujours celui de Buffon qu’il faut inscrire à côté de ceux de Voltaire et de Montesquieu. Ainsi du moins en avaient jugé leurs contemporains à tous trois ou à tous quatre, et je crois qu’en dépit des progrès de la science et des changemens du goût, ils avaient bien