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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/380

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appartient à la France, à l’univers civilisé ; il est avant tout la patrie de la science, de l’art et du génie, qui ont le droit d’exiger qu’il soit neutralisé, que ses bandes révolutionnaires soient mises hors d’état de nuire. Proudhon, le métaphysicien révolutionnaire par excellence, écrivait en 1865 cette page décisive : « Paris ne peut jouir à la fois des honneurs de capitale et des prérogatives des municipalités. Paris est le siège du gouvernement, des ministères, de la famille impériale, de la cour, du sénat, du corps législatif, du conseil d’état, de la cour de cassation, de l’aristocratie provinciale elle-même et de son innombrable domesticité. C’est là que se rendent les ambassadeurs de toutes les puissances étrangères, et qu’affluent les voyageurs, au nombre parfois de 100,000 et 150,000, spéculateurs, savans et artistes du monde entier. C’est le cœur et la tête de l’état… C’est dans la capitale que se trouvent les académies, les hautes écoles, les grands théâtres ; là que les grandes compagnies financières et industrielles ont leur siège, là que le commerce d’exportation a ses principaux établissemens. C’est à la Banque et à la Bourse de Paris que se constituent, se discutent, se liquident toutes les grandes entreprises, opérations, emprunts, etc.. Laisser ces choses à la discrétion d’une municipalité, ce serait abdiquer. Entreprendre de séparer les affaires municipales de celles de la capitale, ce serait tenter une division impossible, en tout cas créer entre la municipalité et le gouvernement un perpétuel conflit… Paris considéré comme ville libre, commune indépendante, individualité collective, originalité, a vécu… »

Peut-être la logique exigerait-elle qu’on revînt au système qui a prévalu de 1794 à 1834, de 1848 à 1870, des commissions ou des conseils nommés par le pouvoir exécutif, qui devrait les choisir parmi les représentans de l’industrie, du travail, de la science. Mais si l’on veut conserver en tout ou partie le régime électif et faire en même temps quelque chose de sérieux, il faut d’abord organiser le suffrage universel, qui chez nous n’existe qu’à l’état barbare, de manière qu’il reflète exactement les opinions, les forces de chaque parti, et que le conseil soit la miniature du corps électoral, comme une carte géographique est l’image d’une contrée ; il faut, en un mot, faire entrer dans la loi le principe de la représentation des minorités.

En Belgique, en Angleterre, en Portugal, au Brésil, aux États-Unis, en Suisse, en Danemark, dans les états Scandinaves, ce principe a été, depuis vingt-cinq ans surtout, porté souvent à la tribune du parlement : ni les argumens de fait, ni les raisons de bon sens et de justice n’ont fait défaut à ses défenseurs. Le droit de décision, observent-ils, appartient à la majorité, mais le droit