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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/374

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l’âme, les notions les plus surannées ? Et M. Gerusez, qui accuse Lucrèce de s’être suicidée et qui écrit des phrases comme celle-ci : « Le matérialisme abaisse et asservit l’homme ! » Et la morale de M. Janet : « Toute la scolastique spiritualiste s’y trouve, dit M. Levraud ; bien pis, il déclare expressément que les rapports des sexes hors du mariage ne peuvent être qu’adultère, séduction ou libertinage. » Il y a une école où l’on fait copier aux enfans ces mots : « J’aime Dieu. » Dans ses Elémens d’histoire naturelle, M. de Montmahou, servile copiste de Geoffroy Saint-Hilaire et de Broca, prend pour des mains les pieds préhensiles des singes. On a fait la première communion au collège municipal Rollin ; on est allé en procession, avec la croix, jusqu’au-devant de l’aumônier. M. Lavy s’en voile la face. Tout cela est intolérable : « Nous trahirions le mandat que nous avons reçu en ne mettant point ordre à cet état de choses… Ne laissons pas plus longtemps contaminer l’âme de nos enfans. » M. Hovelacque fait chorus : « La religion de Victor Cousin et de M. Jules Simon est pire encore que les autres religions, et de plus elle est absolument hypocrite. » Entre les croyans du spiritualisme et les bigots de l’athéisme, entre ceux qui aiment jusqu’à la liberté de leurs adversaires et nos inquisiteurs laïques, il est permis de préférer les premiers. On comprend ceux qui s’écrient : Liberté pour Lokis et liberté pour Thor ! Liberté pour Ormuz et liberté pour Ahriman ! Mais que dire de ceux qui enlèvent aux vieillards, aux enfans, aux malades, le secours de Dieu, qui veulent imposer leur grossier symbole de néant, leurs croyances aux doctrines les plus dégradantes pour l’humanité, qui restaurent à grands frais le principe de la révocation de l’édit de Nantes et nous arrachent les plus précieuses conquêtes de la révolution française : l’égalité devant l’impôt, la liberté de conscience ?


IV

Paris doit-il s’administrer lui-même, ou bien le gouvernement doit-il administrer Paris ? Ce qu’il faut reconnaître avant tout, ce que les partisans du droit commun ne voient pas, ce que les autonomistes s’efforcent de faire oublier, c’est que le problème est politique et non municipal, c’est que l’histoire de Paris est souvent, trop souvent, l’histoire de la France elle-même. Tout projet de réforme devrait donc avoir pour préface un travail où l’on étudierait les époques pendant lesquelles cette ville joue un rôle prépondérant : Etienne Marcel, prévôt des marchands, celui qui acheta la Maison aux piliers, sur l’emplacement de laquelle s’élève