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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/367

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de la politique de contes de fées, mais elle a pour elle la majorité à la chambre, au sénat ; et si vous démontrez qu’elle aboutit à la bastonnade fiscale, tout le monde vous répondra peut-être comme la femme de Sganarelle, qu’il lui plaît d’être battu.

Paris devait naguère à ses créanciers la somme de 2 milliards 262,826,118 fr. 82 ; jusqu’à l’année 1887 on avait amorti 370 millions 544,295 fr. 15 ; on amortira en 1888 27,113,560 fr. 99, et il restera dû 1,865,188,262 fr. 70, auxquels il faut ajouter le nouvel emprunt dont on ne verra la fin que dans un siècle. Sous prétexte d’avantages spéciaux dont jouiraient les propriétaires, le conseil a surchargé l’impôt foncier de 0 fr. 25, tandis que les autres contributions n’en fournissaient chacune que 0fr. 04. Cependant les indemnités locatives octroyées par le jury dans les expropriations servent surtout à enrichir les industriels, les commerçans, et quant aux autres dépenses, c’est se moquer du monde que prétendre les porter encore au débit des détenteurs d’immeubles, à moins de prouver qu’ils vont à l’école gratuite, se font guérir ou enterrer aux frais du public, boivent plus d’eau et exportent plus d’immondices que leurs frères du prolétariat. C’est le régime de la contribution de guerre, et l’on comprend ce propriétaire qui préfère le système de certain despote africain, lequel, les jours de grande tempête, se promène son bonnet sur la tête, et, lorsque celui-ci tombe, fait une razzia dans la partie du territoire que le vent lui désigne.


III

Les sergens de ville ! — Mais encore ? — Les gendarmes ! — Je veux savoir… — La troupe ! — Ainsi répondait Théophile Gautier lorsqu’on l’interrogeait sur ses opinions politiques ; mais Gautier n’était qu’un affreux réactionnaire, et nos municipaux font profession de détester la police aussi fort que les contrebandiers exècrent les douaniers, les braconniers les gardes, d’autant mieux que cette haine leur permet de se poser devant l’électeur en gens économes, opprimés par une administration prodigue. Voilà donc la police et la garde républicaine, plus de 11,000 agens, fort peu accessibles à la séduction, qu’ils doivent payer de nos deniers ; et ils savent à merveille que ces agens n’hésiteraient pas à leur mettre la main au collet s’ils s’avisaient de pousser jusqu’au bout des manifestations comme celle du 3 décembre ! Personne, disent-ils d’ailleurs avec raison, ne discute, ne contrôle, ne vote le budget de la police, ni le conseil, ni la chambre ; le préfet propose, le conseil repousse, le gouvernement impose, et tout est dit. Là-dessus, M. Yves Guyot,