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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/358

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Un crédit de 5,000 francs est ouvert au bureau pour l’exécution de ladite résolution. » Quelqu’un s’avisant d’observer que la proposition est contraire à la loi, on réplique que la prise de la Bastille aussi était illégale. Un autre, au milieu de l’hilarité générale, ajoute qu’on n’a tenu compte de la légalité ni en 1830, ni en 1848, ni en 1870. Ces messieurs estiment que la légalité nous tue, au propre et au figuré. Les avantages de cette fédération sautent aux yeux : elle assurerait aux communes de France la toute-puissance, et permettrait d’entrer franchement dans la carrière du socialisme. Naturellement aussi les communes confieraient leurs destinées au conseil municipal qui aurait reçu, hébergé, fêté leurs mandataires : comme au temps de la république romaine, elles n’auraient plus qu’à travailler et s’enrichir, et ainsi se trouverait réalisé le vœu d’un précurseur à la vue des députés de la Convention : « Pourquoi donc faire venir tant de gens pour gouverner la France ? N’y en a-t-il pas assez à Paris ? » Seulement, au lieu de rédiger la grande charte de la liberté, on n’aurait libellé qu’un contrat d’esclavage.

Il est aisé de s’imaginer comment ils accueillent les décrets d’annulation : tantôt avec une dédaigneuse indifférence, tantôt par des haussemens d’épaules et de bruyans éclats de rire, tantôt par un vote récidiviste. Le gouvernement, de son côté, fait volontiers le mort, ou n’intervient qu’à la dernière extrémité, recommandant à son préfet de la Seine de ne pas lui faire d’affaires. Le malheureux préfet, sans cesse conspué, critiqué, censuré, n’est pas non plus sur un lit de roses ; magistrat d’un jour, il s’épuise à convaincre des ministres d’une heure de la nécessité de ne pas abandonner une à une les clés de la place, à faire goûter aux municipaux les douceurs de la trêve et du baiser Lamourette ; il fait beaucoup de petites concessions qui, réunies, produisent de grandes abdications, comme les petits ruisseaux forment les grandes rivières. Henri Heine comparait La Fayette à ce précepteur qui accompagnait son élève dans les maisons de prostitution pour qu’il ne s’y enivrât pas, puis au cabaret pour qu’au moins il ne perdit pas son argent au jeu, et le suivait enfin dans les maisons de jeu pour prévenir les duels qui pouvaient s’ensuivre ; mais, si le duel devenait inévitable, il servait alors de témoin. N’a-t-on pas vu des préfets, des ministres, qui ressemblent à ce précepteur commode, et l’élève ici n’a-t-il pas beau jeu à répondre au maître : « Nous avons la même origine et votre dossier est aussi chargé que le mien. Vous avez posé les prémisses, je tire les conséquences ; vous êtes un jacobin nanti, repu, et je n’ai pas dîné. Que fais-je que vous n’ayez ébauché ? Vous avez laïcisé, je laïcise ; vous avez dénoncé le péril clérical, déclaré la guerre aux religions positives, je prétends supprimer Dieu. Ce