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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/304

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plaisir ; et, afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel à ces dites présentes. Donné à Versailles, au mois de mars, l’an de grâce 1713, et de notre règne le 70e. » Signé : LOUIS, et plus bas, « par le Roi » PHELIPEAUX, et scellé du grand sceau en cire verte sur lacs de soie rouge et verte.

A peine lord Shrewsbury a-t-il quitté l’enceinte du parlement où il vient d’entendre la lecture de cet acte solennel, qu’il en adresse deux expéditions à Londres et à Utrecht. Les courriers qui les emportent sont vraiment les messagers de la paix. Un mois plus tard, le 11 avril 1713, elle est conclue, par la France, avec la Grande-Bretagne, les États-généraux, la Prusse, le Portugal et le duc de Savoie [1]. La reine satisfaite a déclaré péremptoirement que, si ses alliés n’acceptaient point les conditions qu’on leur offrait, elle traiterait seule avec Louis XIV, et ce ferme langage a été décisif. La proclamation par laquelle Philippe V avait fait connaître au peuple espagnol qu’il renonçait au trône de ses ancêtres a suspendu immédiatement, comme on l’a dit, les hostilités entre nos soldats et ceux de la Grande-Bretagne ; l’acte royal, qui constate et consacre publiquement, en France, les renonciations, pacifie définitivement l’Europe occidentale.

Telle est leur importance politique !

Sans doute la paix nous coûte très cher, et la rançon qu’il nous faut payer pour l’obtenir est magnifique. Louis XIV et son petit-fils reconnaissent formellement l’ordre de succession que les Anglais ont établi en faveur de la ligne protestante des Stuarts ; — la France ne donnera plus asile au prétendant ; — les renonciations, textuellement insérées dans les traités, deviendront loi inviolable des deux royaumes ; — les forts de Dunkerque seront rasés, ses ports comblés, ses écluses détruites ; — les terrains que la France possède près de la baie d’Hudson, Saint-Christophe, Terre-Neuve, sont cédés par nous à l’Angleterre ; on lui accorde la liberté du commerce et le retour au tarif modéré de 1664, — la possession définitive de Gibraltar et de Minorque, — le monopole exclusif de la traite des nègres en Amérique au préjudice de la compagnie française dite de l’Asiento. La Hollande gardera les Pays-Bas espagnols jusqu’au moment où, l’empereur ayant consenti à la paix, elle pourra les remettre entre ses mains ; — elle entretiendra garnison, pour la sûreté de ses barrières, dans Ypres, Menin et

  1. Philippe V fit attendre, pendant quelques mois, sa signature, espérant, en vain, que l’Angleterre et la Savoie se montreraient moins rigoureuses, et que les États-généraux le mettraient en possession des territoires destinés à Mme des Ursins. Ses traités avec la reine Anne, le duc de Savoie et la Hollande, portent les dates des 10 juillet, 13 août 1713 et 20 juin 1714.