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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/301

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marquis italien Paleotti, le secondait avec beaucoup d’adresse. « C’était, dit Saint-Simon, une grande créature, et grosse, nommasse, sur le retour, qui avait été belle et qui prétendait l’être encore, toute décolletée, coiffée derrière l’oreille, pleine de rouge et de mouches, et de petites façons, ne doutant de rien, parlant haut et beaucoup en mauvais français, mangeant dans la main à tout le monde. Toutes ses manières étaient d’une folle, mais son jeu, sa table, sa magnificence, jusqu’à sa familiarité générale, la mirent à la mode. » Bientôt sa notoriété fut si bien établie et son influence si incontestée qu’elle obtint, ce que réclamait en vain le roi lui-même, une réforme, non moins complète que judicieuse, de la coiffure féminine ! En quelques semaines, lord et Lady Shrewsbury avaient conquis dans la société française une place considérable. Accompagné de ses secrétaires et de l’introducteur des ambassadeurs, le duc devait assister à la séance du 15 mars et surveiller l’enregistrement des renonciations du haut de la lanterne qui dominait la grand’chambre du parlement.

Saint-Simon a raconté les principaux incidens de cette mémorable séance avec un art merveilleux, qui les fait vivre sous les yeux charmés de ses lecteurs. L’espace nous manque, à notre sincère regret, pour reproduire les principaux passages de son récit, dans lequel sa verve railleuse, impitoyable pour les gens de robe, qu’il appelle dédaigneusement « ces messieurs-là ! » épargne à peine les deux princes du sang, qui lui ont fait l’honneur de le mener, dans leur carrosse, jusqu’à l’escalier de la Sainte-Chapelle. Rappelons seulement ici l’inquiétude silencieuse du duc de Berry, qui répète mentalement le petit discours que lui a composé, pour la circonstance, sou ami le duc de Saint-Simon, et qu’il eut tant de peine à apprendre par cœur ; la gaîté jaseuse de Philippe d’Orléans, qui parle bien haut, avec un charmant entrain, de ses courses nocturnes et de ses bonnes fortunes ; le respectueux accueil fait aux princes, que deux présidens à mortier conduisent solennellement à leurs fauteuils et que le premier président complimente en fort beaux termes ; la déconvenue du duc de Berry, qui, après avoir regardé successivement ce magistrat, la compagnie, le duc d’Orléans, « lequel demeure éperdu et rouge comme une pivoine, » ne peut balbutier, de tout son discours, qu’un seul mot : Monsieur ! qu’il répète quatre fois de suite avec une confusion lamentable ; l’adroite courtoisie du premier président, qui s’incline gravement et profondément, « comme si la réponse était finie, » puis se hâte de donner la parole aux gens du roi ; l’exposition que font ces derniers, « dans une longue pièce d’éloquence, » des motifs de la réunion, convoquée, sur l’ordre de Louis XIV, pour l’enregistrement des