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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/283

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Louis, le fils puiné du duc de Bourgogne. Il jugea convenable de l’informer lui-même du grand sacrifice auquel il avait consenti pour le repos de l’Europe, et il le fit, sinon avec éloquence, au moins avec beaucoup de bonne grâce, ainsi qu’on va le voir par la lettre suivante, dont les Archives des affaires étrangères ont conservé l’autographe :

« Buen-Retiro, le 6 novembre 1712.

« Il y a bien longtemps, mon très cher frère, que je n’ai reçu de lettre de vous ; je ne mérite pas certainement ce silence par l’amitié que j’ai pour vous, dont la vivacité est telle que vous le pouvez souhaiter… Je signai, hier matin, une renonciation à la couronne de France, que je jurai publiquement ; je fis, après dîner, l’ouverture des états de mon royaume où on doit la confirmer. Au milieu des raisons politiques qui m’ont obligé à cette renonciation, pour donner la paix à tant de peuples, accablés d’une si longue et si cruelle guerre, vous devez être persuadé que les sentimens que j’ai pour vous ne m’ont pas permis d’être insensible au plaisir de penser que cela retombât en faveur d’un frère que j’aime si tendrement. J’espère que vous ne le serez pas non plus aux nouvelles marques que vous donne ma tendresse en cette occasion, et je finis, mon très cher frère, en vous assurant que vous pouvez compter sur elle tant que je vivrai.

« PHILIPPE. »

Trois jours après, l’acte de renonciation fut approuvé et enregistré parles cortès. On en dressa immédiatement deux copies, dûment collationnées et certifiées. L’une fut remise à Lexington, qui en accusa réception en se déclarant satisfait. L’autre fut expédiée au roi de France par l’entremise du duc d’Ossone, qui résidait alors à Paris, en attendant qu’il pût aller défendre les intérêts de son maître au congrès d’Utrecht.

« Je crois, répondit Louis XIV à la dépêche que le marquis de Bonnac lui avait écrite le 5 novembre, pour lui faire part de la renonciation du roi d’Espagne, qu’il n’a rien été oublié pour la solennité de cette cérémonie, et je suis bien aise que le comte de Lexington en ait été témoin… Toutes choses étant consommées de la part du roi d’Espagne, il ne reste plus qu’à faire admettre, par l’assemblée des cortès, la renonciation de mon petit-fils, le duc de Berry, et celle de mon neveu (le duc d’Orléans), aux droits qu’ils pourraient avoir un jour à la couronne d’Espagne. Ils en ont