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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/274

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petite cour de Jacques-Edouard Stuart siégeait officiellement à Saint-Germain, défrayée par nos subsides. Il avait sa chancellerie et ses ministres. Lord Middleton dirigeait ses affaires extérieures ; un officier irlandais réfugié sur le continent, Bourk, appelé le chevalier du Bourk depuis qu’il avait reçu l’ordre de Saint-Jacques, le représentait en Espagne. Brave soldat, causeur aimable, habile à discerner les moyens qui font parvenir un courtisan et qui le maintiennent en faveur, sachant parler et écrire agréablement le français, entretenant avec Torcy une correspondance régulière qui confirmait ou redressait parfois les informations de nos ambassadeurs, Bourk s’était insinué fort avant dans les bonnes grâces des jeunes souverains et dans la confiance de la camarera-mayor. Les armes d’Angleterre figuraient sur sa demeure ; il jouissait pleinement, à Madrid, des prérogatives attachées à la personne d’un ministre plénipotentiaire.

Quel rôle pourrait y jouer cet agent respectable et respecté de Jacques-Edouard, en présence du haut personnage que le gouvernement de la reine allait envoyer en Espagne ? A la vérité, lord Lexington devait attendre, pour revêtir officiellement le caractère d’ambassadeur, que l’assemblée des cortès eût enregistré les renonciations [1] ; mais, lorsque cette imposante et solennelle formalité aura été accomplie en sa présence, quel sera, aux yeux de Philippe, le véritable représentant de la Grande-Bretagne en Espagne ? Le comte de Lexington, agent de la reine Anne, ou le chevalier du Bourk, agent du roi Jacques III, son auguste frère ? Comment éviter les pénibles froissemens, les méfiances ombrageuses, les rencontres irritantes qui ne pourront manquer de se produire ? Comment concilier les nécessités de la politique avec les égards dus à la majesté déchue de la veuve du roi Jacques II et de son fils ? Torcy et du Bourk redoutaient ces difficultés inévitables, dont le mauvais vouloir de Philippe, à l’égard de la reine, pouvait accroître l’importance. Aux lettres du premier, qui sollicitaient ses directions, lord Middleton n’avait répondu que par le silence. Obéissant aux ordres de Louis XIV, Torcy traça nettement au chevalier la conduite qu’il devait tenir dans ces circonstances délicates. Le roi ne pouvait admettre qu’une question d’étiquette, si respectable qu’elle fût, vint compromettre l’œuvre capitale de la pacification : « Il n’y a pas de doute que ce sera un sujet de querelle de la part de M. Lexington, si, en arrivant à Madrid sans caractère, il y trouve un envoyé d’Angleterre reconnu en cette qualité. Il n’est pas agréable qu’il débute par des plaintes, sa mission regardant des

  1. Louis XIV à Bonnac. Fontainebleau, 12 septembre 1712.