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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/226

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et ce changement n’eut pas de mauvais effet ! Les catéchumènes, loin de se disperser, devinrent des fidèles ; j’entends, du moins, qu’ils pratiquèrent avec assiduité. A présent, on va déloger encore, pour occuper la salle des Menus-Plaisirs. A Montmartre, on était dans la bohème ; à Montparnasse, dans la banlieue ; aux Menus-Plaisirs, on sera dans Paris. Mais l’œuvre est assez vivace, elle l’a prouvé, pour durer une saison encore, même à côté de l’Eldorado. Il est connu maintenant que M. Antoine, qui paie de sa personne dans toutes les représentations, est un comédien fort singulier, minutieusement naturel. Ses compagnons, des amateurs, à l’ordinaire, ou bien des acteurs en liberté, règlent volontiers leur ton sur le sien : le bruit s’est répandu que ce jeu familier, même si les comparses ne valent pas le principal interprète, n’est pas désagréable. Enfin, les invités, gourmets ou bien goulus, ne sont pas rassasiés encore de plats nouveaux ; — pour quelques-uns, qui font la petite bouche et la grimace, disons qu’ils ne sont pas satisfaits : il faut donc qu’ils reviennent ! — Quant aux abonnés, si par hasard ils se plaignaient, ce ne serait que d’avoir obtenu un peu trop de ce qu’ils avaient demandé, pour si peu d’argent !

Cependant, de la part des romantiques, après la Nuit bergamasque, est-il venu beaucoup d’œuvres, et de considérables ? Assurément le Baiser, de M. de Banville, est une précieuse babiole, mais ce n’est qu’une babiole. La Femme de Tabarin, de M. Catulle Mendès, — un pastiche de certaine prose en usage dans le premier quart du XVIIe siècle, et puis un tableau de boucherie, — l’auteur lui-même en convient, cette « tragi-parade, » à la fois exquise et brutale, n’est proprement qu’un scénario. L’Évasion, de M. Villiers de l’Isle-Adam, cette histoire d’un forçat qui se laisse reprendre plutôt que d’étrangler deux jeunes mariés, qui se dresse alors de toute sa hauteur et murmure : « Il me semble que c’est maintenant que je m’évade.., » l’Évasion n’est qu’un épisode qui se rattache aux Misérables, comme un hymne homérique à l’Iliade ou à l’Odyssée. — Encore le héros de M. Mendès est-il un meurtrier en souquenille, et sa victime, sa femme, la gorge ouverte, le barbouille-t-elle de sang à plaisir ; encore le galérien de M. Villiers parle-t-il volontiers argot, et, s’il a des « mots d’auteur » qui sentent le genre sublime, en a-t-il qui sentent le genre canaille : ainsi M. Mendès et M. Villiers, comme attirés par les voisins, s’approchent de la frontière du naturalisme. — Et se laisserait-il réclamer comme romantique, M. Paul Margueritte, parce qu’il a remis sur la scène et revêtu lui-même, dans une pantomime, la blanche défroque de l’innocent ami de M. de Banville ? Non pas ! Ce Pierrot-ci est Pierrot assassin de sa femme, assassin tout de bon, et qui ne fraie pas avec Arlequin, mais avec un croque-mort… Tiens I c’est le père Bazouge, échappé de l’Assommoir ! Ou plutôt c’est Pierrot qui entre avec lui dans la