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Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/149

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vigoureuse du savant en la rigueur de ses expériences, sa vue géniale qui sut indiquer, au-delà des limites de la science faite, tout un champ nouveau à explorer, et son courage scientifique, enfin, qui lui donna l’heureuse audace d’inoculer à l’homme ce liquide dangereux qui ne lut avait pas encore livré tous ses secrets.


VII

Quoi qu’il en soit, les bienfaits de la vaccination antirabique doivent être portés à l’actif de la science des microbes ; et même, si la valeur d’une science ne devait être appréciée qu’en raison du nombre de ses applications utiles à l’humanité, la bactériologie, qui, en raison de sa jeunesse, aurait certainement droit à ce qu’on lui fît quelque crédit sur ce chapitre, est déjà en mesure de produire d’assez beaux états de services. C’est, en effet, la connaissance des microbes qui a inspiré la pratique des opérations et des pansemens antiseptiques et aseptiques, et cette pratique consiste, comme on sait, pour le chirurgien, à observer une propreté rigoureuse, à laver et ses mains et ses instrumens et ses objets de pansemens avec des solutions d’acide minéraux divers, acide phénique ou acide borique, par exemple, ou d’autres substances, telles que le sublimé, qui sont pour les microbes des poisons violens ; soit encore, suivant une récente méthode qui tend à se généraliser, à n’employer que des instrumens et des linges préalablement soumis à l’action d’une température élevée de 100 à 120 degrés, qui tue plus sûrement encore tous les microbes vivans dont ils peuvent être porteurs. Or, grâce à cette pratique, les complications qui étaient les fléaux de la chirurgie et qui faisaient, chaque année, un nombre considérable de victimes, comme l’infection purulente et les érysipèles infectieux, ont presque complètement disparu ; le chirurgien ne connaît plus ces terribles périodes pendant lesquelles il ne pouvait plus toucher un bistouri sans commettre un meurtre ; et l’ouverture du ventre, cette opération jadis si grave qu’on hésitait à la faire même dans les cas urgens, est devenue si bénigne qu’on la pratique maintenant à simple titre d’opération, de renseignement, pour voir ce qu’il y a dedans ! C’est assurément une opération moins dangereuse que l’était autrefois, dans certaines circonstances, l’ouverture d’un furoncle. Grâce encore aux pratiques antimicrobiennes, l’accouchement, qui, dans les maternités surtout, était une opération véritablement dangereuse, est redevenu ce qu’il devait être, une opération naturelle, qui n’est plus fatale que dans des conditions tout à fait exceptionnelles. La mortalité des femmes en couches est aujourd’hui dix fois moindre qu’elle ne l’était alors, et l’accoucheur, qui ne transporte plus au bout de ses doigts le microbe des infections