Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1888 - tome 89.djvu/142

Cette page n’a pas encore été corrigée


doit donc être considéré comme un grand initiateur, et tous les travaux faits sur le même sujet émanent véritablement de son œuvre. Cette œuvre, d’ailleurs, devait être vivement attaquée ; mais, après quatorze années de controverses, elle recevait une confirmation absolue de la découverte, par M. Robert Koch, du microbe de la tuberculose, c’est-à-dire de l’agent jusqu’alors inconnu de cette contagiosité, si discutée en dépit d’expériences absolument probantes. Certes, dans cette histoire de la tuberculose, le mérite de M. Koch est grand. M. Koch a su voir et surtout faire voir, par l’emploi de procédés de coloration tout nouveaux, empruntés à une méthode générale imaginée par M. Ehrlig, qu’il y avait, dans toutes les lésions tuberculeuses, de très petits bâtonnets, mesurant en moyenne 3 à 4 millièmes de millimètre en longueur, et dix fois moins larges que longs ; il a réussi, en outre, à cultiver ce bacille, et à reproduire la tuberculose chez les animaux en inoculant les cultures, Pour. triompher de toutes les difficultés qui se présentèrent dans le cours de cette étude, M. Koch dut créer, nous devons aussi le rappeler, toute une technique de recherches anatomiques, de procédés de coloration et de culture, technique extrêmement ingénieuse, et grâce à laquelle il fit d’ailleurs une entrée éclatante dans le monde des savans. Mais ce qu’il faut dire aussi, parce que M. Koch semble un peu l’avoir oublié, c’est que M. Villemin avait depuis longtemps établi le fait qui devait inspirer ses recherches, et surtout que celles-ci avaient été précédées des découvertes de M. Pasteur, qui étaient venues précisément démontrer le rôle des microbes dans la genèse des maladies et dans leur contagiosité. La tuberculose est contagieuse, avait dit M. Villemin ; et M. Pasteur avait ajouté : toutes les maladies contagieuses sont dues à des microbes. M. Koch trouva le microbe, dont l’existence avait été affirmée. Il est donc, qu’il le veuille ou non, l’élève de M. Villemin et de M. Pasteur, au même titre que tous les bactériologistes, grands et petits, sont aujourd’hui les élèves de M. Pasteur.

Quoi qu’il en soit, c’était un heureux début pour les premiers pas de la jeune science que cette nouvelle conquête. Sur cinq décès dans notre pays, la tuberculose doit être accusée au moins une fois, et dans certains groupes d’hommes vivant en commun, dans l’armée en particulier, les ravages causés par cette terrible maladie sont considérables. Des ennemis de la science et du progrès, des néophobes, s’en vont répétant que la découverte des microbes n’a pas fait guérir un malade. Sans insister sur la fausseté de cette assertion, point sur lequel nous reviendrons plus tard, connaître que la tuberculose était contagieuse, et que l’agent de cette contagion, rejeté au dehors, surtout par l’expectoration des phtisiques, était absorbé et mis directement en contact avec nos organes