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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/963

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et la Bourse a patiemment attendu que M. Sadi Carnot eût réussi à trouver une première combinaison ministérielle. En fin de compte, le monde financier, sans se laisser dominer par le moindre sentiment d’appréhension touchant le maintien de la paix au dehors et l’apaisement des difficultés politiques à l’intérieur, est resté, à travers toutes les péripéties d’une crise longue et sérieuse, fidèle à sa conviction que l’année 1887 ne devait pas s’achever sans un commencement de reprise des affaires.

Rien n’est plus heureux, au point de vue de cette reprise des affaires qui s’annonce, que cette disposition de la Bourse à l’optimisme quand même, disposition faite à la fois d’indifférence sceptique et de confiance raisonnée. D’une part, les petits capitalistes, porteurs d’inscriptions de rentes ou d’obligations des chemins de fer, du Crédit foncier et de bonnes valeurs industrielles, ont pris l’habitude des crises ministérielles au dedans et des menaces de guerre au dehors. Ils ont constamment vu les premières se dénouer paisiblement et les secondes se dissiper sous l’action de l’immense désir et de l’universel besoin de paix, communs à tous les peuples de l’Europe. Ils sont donc devenus réfractaires à l’inquiétude, laissent passer sans s’émouvoir les bourrasques passagères, et ne jettent plus comme jadis, à la moindre alerte, leurs titres sur le marché.

D’un autre côté, la petite spéculation a pour ainsi dire complètement disparu depuis le krach, et le marché, aujourd’hui, est dirigé par quelques puissantes maisons de banque ou institutions de crédit qui disposent des capitaux et du temps, savent toujours rester maîtresses du terrain où elles manœuvrent, et, n’opérant jamais au jour le jour, continuent au lendemain des crises, sans s’être laissé détourner de leurs desseins, les opérations momentanément suspendues.

Le monde des banquiers et des capitalistes a donc bravement pris son parti, non de se désintéresser absolument des péripéties de la politique intérieure, mais de ne plus les suivre timidement, de les tenir hors de leurs calculs, de soustraire à leur influence le terrain des affaires. Aussi la période du 1er octobre au 15 décembre a-t-elle été pour un assez grand nombre de valeurs une période de hausse considérable. La part de la spéculation a été naturellement prépondérante dans ce mouvement, mais elle y est intervenue à son heure, après réflexion, et sur des données sérieuses.

Dans ce grand déplacement de cours auquel nous venons d’assister depuis deux mois, les actions de mines ont tenu le premier rang. On a commencé par les titres de mines diamantifères de l’Afrique méridionale. Des actions qui, il y a un an ou deux, valaient à peine 400 fr., ont été portées jusqu’à 1,200 francs. Des fusions entre compagnies ont donné l’élan à toute la liste. Les actions Roulina, admises