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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/957

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intérieures des peuples. Quand on est sorti de l’ordre, le progrès serait d’y rentrer, et, en attendant, le désordre qui se prolonge porte invinciblement ses fruits, la confusion de tous les rapports, le trouble de toutes les situations, un état permanent ou intermittent de fièvre pour l’Europe tout entière. On ne sait jamais ce qui en est, ce qui pourra arriver demain, quelles sont les relations réelles des puissances entre lesquelles se jouent les destinées du monde. Lorsqu’il y a quelque temps, l’entrevue du tsar avec l’empereur Guillaume paraissait indéfiniment ajournée, ou même devenue impossible, on ne pouvait se défendre de voir dans ce seul fait le Bigne d’une situation délicate, peut-être difficile. Lorsque, plus récemment, l’empereur Alexandre III s’est décidé à passer par Berlin et s’est rencontré avec le vieil empereur d’Allemagne, avec M. de Bismarck lui-même, le premier mouvement a été de penser que cette visite, sans avoir un effet absolument décisif, pouvait du moins avoir adouci les rapports des deux empires. A peine cependant le souverain russe a-t-il été rentré à Pétersbourg, l’agitation a de nouveau envahi les esprits. Il y a eu d’abord le grand secret divulgué par un journal allemand, le secret des pièces falsifiées, des documens imaginés pour abuser le tsar, du complot orléaniste organisé pour préparer la conflagration de l’Europe ! Cela pouvait ressembler à une comédie ; mais presque aussitôt un point bien autrement sombre est apparu à l’horizon : c’est. la concentration ou la prétendue concentration russe sur les frontières de la Galicie ou autour de Varsovie. La Russie, disait-on, aurait assemblé une armée de 100 à 150,000 hommes en Pologne, et ces mouvemens militaires ne pouvaient être sans motif. L’Autriche paraît s’en être émue, puisque, dans le premier moment, elle a réuni en toute hâte un conseil de guerre où a été appelé l’archiduc Albert, destiné à être le généralissime des armées autrichiennes. Pendant ce temps, l’Allemagne en est restée à ses recherches, à ses commentaires sur les dépêches falsifiées, et M. de Bismarck n’est pas sorti de son immobilité énigmatique. C’est au milieu de ces incidens, de ces préoccupations que l’Europe vit depuis quelques jours, tournant tour à tour ses regards vers Vienne ou Saint-Pétersbourg, et surtout vers Berlin, interrogeant l’horizon, fouillant les journaux, attendant une explication. Qu’y a-t-il dans tout cela ?

Évidemment, si on en vient si aisément à tout craindre, à tout supposer, c’est qu’on se sent dans un état où tout est devenu possible. Au fond, rien n’est sensiblement changé dans une situation où les événemens accumulent depuis longtemps les complications et les incohérences. Le seul fait précis et saisissable à travers tout, aujourd’hui comme hier et pas plus aujourd’hui qu’hier, c’est qu’il y a une question toujours en suspens, cette question de Bulgarie, sur laquelle la