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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/954

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il n’en est ni plus ni moins à la première occasion, tout reste livré aux passions, à l’imprévu qui peut éclater sous bien des formes. C’est, dit-on, la faute de M. Grévy, qui s’est compromis lui-même, qui s’est placé dans des conditions où il ne pouvait plus être qu’un président diminué et suspect. — Oui, sans doute, M. Grévy, après s’être laissé mettre dans une position délicate, n’a su ni se dégager, ni en imposer, ni ressaisir son autorité perdue. Il a commis toutes les fautes qu’on voudra. Les chefs de partis, à leur tour, les radicaux du parlement surtout, n’ont pas pu résister à leur goût d’omnipotence. Dès le premier moment, ils ont fait visiblement ce qu’ils ont pu pour réduire M. Grévy à l’impuissance, à la nécessité d’une capitulation. Ils lui ont signifié son congé aussi clairement que possible. Le résultat, c’est que pour les uns et pour les autres, par les fautes des uns et des autres, la constitution n’a plus été qu’un chiffon de papier. Le secret de la république a été divulgué une fois de plus : c’est l’éternelle et dangereuse mobilité des choses et des hommes. Ce qui vient de se passer prouve qu’on reste dans la constitution tant qu’elle ne gêne pas, et que le jour où elle gêne, on l’arrange à sa façon, on la respecte en la tournant. On ne fait pas une violence matérielle au chef de l’état par un décret de déchéance, on le force à donner sa démission. Il est désormais avéré que la présidence de la république n’est plus qu’une présidence du conseil plus ou moins déguisée, soumise comme celle-ci à toutes les fluctuations des partis. C’est la première moralité de ces récens événemens ; mais ce qu’il y a de plus grave, c’est le rôle qu’a pris décidément la rue dans cette malheureuse crise.

On peut se plaire, par une sorte de décence publique, à voiler cette cruelle vérité ; il n’est pas moins tristement évident que les manifestations, les outrages, les menaces, les excitations au meurtre, toutes les violences révolutionnaires déployées depuis quelque temps, ont pesé sur l’élection présidentielle. Les chefs de l’agitation, du reste, ne s’en cachent pas ; ils se sont hâtés de s’attribuer le succès. Ils se sont fait un mérite de la campagne qu’ils ont conduite, et il est de plus certain désormais qu’ils ne se bornaient pas à des paroles, que les manifestations qu’ils lançaient dans la rue n’étaient que le préliminaire d’une action d’un autre genre. On sait, à n’en plus douter, qu’il y avait un lieu, tout simplement l’Hôtel de Ville, où le bureau du conseil municipal était en permanence, où la guerre civile était préparée, organisée, dans le cas où M. Jules Ferry aurait été élu. C’était le couronnement des polémiques meurtrières et des manifestations tumultueuses ! L’insurrection contre une décision légale de l’assemblée nationale, tel était le dernier mot ! Les agitateurs ne sont pas allés jusque-là, ils 8e sont arrêtés ; mais ils croient désormais avoir le secret de mettre la rue en mouvement pour tenir tête au besoin à tous les pouvoirs légaux. C’est le rêve de tous les révolutionnaires ! Ils