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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/944

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encore l’art prochain, et, après un Napoléon, de nous donner une Restauration.

Rapprochons de ce Napoléon ier le volume de M. Dick de Lonlay : Nos gloires militaires [1], un peu moins « luxueusement, » mais encore fort heureusement et abondamment illustré. Depuis Bouvines et Cérisoles jusqu’à Iéna et Solférino, c’est une succession de récits de batailles que je ne sais d’ailleurs si l’auteur a été très bien inspiré de mettre sous la plume ou dans la bouche d’autant de capitaines Coignet ou de sergens Fricasse. On peut dire cependant, et en songeant à quel public s’adresse M. Dick de Lonlay, que l’artifice, puisqu’il permet de donner au récit plus d’animation, d’intérêt et de vie, n’est pas illégitime. Et on doit ajouter qu’en unissant ainsi dans la commémoration d’un même culte patriotique les souvenirs de la France nouvelle avec ceux de l’ancienne, M. Dick de Lonlay donne un exemple que plus d’un historien, — et d’un homme politique, — devrait avoir le courage d’imiter.

D’autres ouvrages d’histoire ne sont pas, si l’on veut, plus « sérieux, » mais tout de même d’un autre caractère, et surtout d’une valeur à laquelle, si l’illustration n’ôte rien, on ne peut pas dire non plus qu’elle ajoute grand’chose. Quand, par exemple, M. Bida n’aurait pas illustré de ses belles compositions la Jeanne d’Arc [2] de Michelet, cette Jeanne d’Arc n’en resterait pas moins, avec son « excellent Annibal, » l’un des fragmens d’histoire ou d’épopée dont l’étrange et grand historien était lui-même le plus justement fier. On l'a bien vu, depuis que tant d’autres ont tenté après lui de traiter eux aussi ce redoutable sujet. Celui-ci a versé tout entier dans l’hagiographie ; celui-là en a parlé comme de Bertrand du Guesclin ou de Rodrigue de Villandrando ; un autre a cru bien faire de lui donner des traits d’une Mlle Roland : Michelet seul peut-être, s’il n’a pas représenté Jeanne d’Arc telle qu’elle fut, l’a du moins représentée telle que l’a faite la légende ; et quand il s’agit des Jeanne d’Arc, ce n’est pas l’histoire, c’est la légende qui est la vérité.

Nous aimerions maintenant à parler du second volume de l’Histoire des Grecs [3], de M. Victor Duruy ; mais qu’en pourrions-nous dire que nous n’en ayons déjà dit, ou que nos lecteurs n’en sachent par eux-mêmes et pour l’avoir apprécié dans les rares extraits que nous en avons donnés ici même ? S’il nous est permis cependant, et à mesure

  1. Nos Gloires militaires, 1 vol. in-4°, orné de 8 planches en couleurs et de 275 gravures.
  2. Jeanne d’Arc, 1 vol. in-8°, contenant 10 eaux-fortes, d’après les dessins de M. Bida. Hachette.
  3. Histoire des Grecs, t. II, Depuis les guerres médiques jusqu’au traité d’Antalcidas, illustré de 270 gravures d’après l’antique, et accompagna de cartes et de planches en couleur, 1 vol. in-8°. Hachette.