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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/941

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indépendant ; » et cela ne veut rien dire, et nous voilà bien renseignés, et il était bien plus simple d’annoncer qu’on allait parler de tout, sans nous en rien apprendre. Mais les illustrations de M. Paul Avril sont d’un goût si particulier, quelquefois si bizarre, mais souvent si heureux, l’exécution matérielle en est si parfaite, ou « inattendue, » comme dit M. Uzanne, et encore plus ingénieuse, que si ce n’est pas un livre à lire que le Miroir du monde, c’est un des plus agréables albums que l’on puisse feuilleter ; — et c’est quelque chose dans la circonstance.

M. Uzanne, d’ailleurs, est trop homme d’esprit pour s’étonner que nous préférions à son livre ces romans déjà classiques où l’illustration, quelle qu’en soit la valeur, continue cependant, et comme il convient, d’être dominée par le texte. Voici donc les Nouvelles [1] de Mérimée, quelques-unes au moins de ses Nouvelles, illustrées par quatorze artistes différens, dessinateurs ou graveurs, et précédées d’une courte Préface de M. Jules Lemaître. Nous ne reprocherions à cette Préface que d’être trop courte, si son élégante brièveté n’était un hommage à la dédaigneuse délicatesse de l’auteur de Matéo Falcone et de l’Enlèvement de la redoute. Mais si l’illustration du volume est assurément « des plus curieuses pour les amateurs de gravures, » nous sommes de ceux qui aimeraient mieux qu’elle fut tout entière d’une seule main. Voici encore, dans la Bibliothèque des chefs-d’œuvre du roman contemporain, le Roman d’un jeune homme pauvre [2], de M. Octave Feuillet. Sous le prétexte commode que de nouveaux éloges ne sauraient rien ajouter à la réputation de ce roman célèbre, nous pourrions nous borner à en signaler cette nouvelle et très belle édition. Mais nous l’avons relu, puisque l’occasion nous en était offerte, et en le relisant, nous l’avons admiré et aimé encore davantage, et on nous permettra de le dire. Réel et poétique, noble et gracieux, chaste et hardi, spirituel et émouvant, tout ce qu’il était jadis, quand il enchanta pour la première fois les imaginations, le Roman d’un jeune homme pauvre l’est encore ; et, en dépit de M. Zola, ce qu’il est encore après trente ans, on peut être assuré qu’il le demeurera. Et voici encore François le Champi [3]. De tous les « romans champêtres » de George Sand, s’il en fallait choisir un et le mettre au-dessus des autres, ne serait-ce pas celui-ci ? Mais si nous le disions trop haut, et que notre opinion fit fortune, peut-être découragerions-nous les éditeurs, après François

  1. Nouvelles de Mérimée, dessins de MM. Aranda, de Beaumont, Bramtot, Le Blant, Merson et Sinibaldi, 1 vol. in-8°. Librairie des Bibliophiles.
  2. Le Roman d’un jaune homme pauvre, avec de nombreux dessins de M. L. Mouchot, 1 vol. in-4°. Quantin.
  3. François le Champi, aquarelles et dessins de M. Eugène Burnand, 1 vol. in-8°. Calmann Lévy.