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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/933

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femme qui mériterait de la rallumer, il se tourne vers une jeune fille qui vaudra peut-être un jour sa rivale : avec curiosité, d’abord, il assiste à l’éveil de ses sentimens ; bientôt, à ce jeu, c’est sa fatuité, à lui, qui se réveille, et il flambe tout à fait. La légèreté de son égoïsme, alors qu’il se dégage de la personne qu’il avait tentée dans le commencement, est bien humaine et bien élégante ; si nous ne lui pardonnions déjà pour le spectacle réjouissant que cette frivolité nous offre, il faudrait l’absoudre ensuite pour ses consciencieux efforts, quand il essaie, dans un plaidoyer adressé à sa nouvelle conquête, de perdre la cause de sa passion. Et, tout à la fin, l’éclat de cette sincère passion renverserait nos derniers scrupules, s’ils n’étaient d’ordre naturel, éternel, inébranlable : « Horace avec deux mots… » Il faut toujours en revenir là !

Saluons au passage Mme de Moisand, cette bonne dame qui donne en trois mots une idée de sa vie entière : « J’ai été mariée deux fois, j’ai toujours aimé mes maris, mes maris m’ont toujours aimée. » Mais à quoi bon insister sur ces deux comparses, Hermine de Sagancey et Pépa Raimbault ? La bonne dame, en son ingénuité presque cynique, se figure qu’elles peuvent être d’une singulière utilité dans sa maison : elle les découple toutes les deux sur la piste du beau Max, elle s’essouffla à les animer, croyant qu’elle travaille ainsi au salut de Clotilde. Il faut qu’elle se fasse des illusions, sinon sur leur bonne volonté, au moins sur leur mérite ! On ne les préférera jamais, ni à Clotilde ni à personne. Nous avons dit quel dommage elles causent à cette comédie. Non pas que cette précieuse à la morphine, Mme de Sagancey, ne soit en elle-même une caricature assez neuve et peut-être assez juste ; mais elle prend trop de place pour un personnage dont le modèle ne peut se rencontrer que par accident. Le cas de Mlle Pépa Raimbault est plus grave : on soupçonne qu’elle n’a jamais existé, ni à Séville ni aux Batignolles, d’où elle prétend tirer ses origines. C’est que, pour avoir exagéré à ce point les traits d’une écervelée « moderne, » M. Pailleron paraît l’avoir imaginée hors des temps. Il a estimé, sans doute, que l’esprit ferait tout passer ; et il a prêté le sien à cette jeune personne, sans réserve aucune, le pire comme le meilleur. O l’enchanteur prodigue ! Sa filleule favorite vomit pêle-mêle des pierreries et des crapauds. Et, le plus fâcheux, c’est que, par une sorte de contagion, la vulgarité de Mlle Raimbault a gagné le voisinage : une étrange grossièreté de mœurs règne en plusieurs parties de cette pièce. La renchérie Mme de Sagancey n’est pas exempte du fléau, ni, hélas ! le marquis de Simiers. « Je suis démodé, dit-il, jusque dans mon titre : marquis, comme dans l’ancien répertoire ! jusque dans ma politesse avec les femmes, jusque dans mon respect pour elles… » Mais envers la petite Marthe, sa maussaderie et son badinage, tour à tour, sentent pareillement la mauvaise éducation ; il n’est pas embarrassé pour payer l’effronterie