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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/921

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Colonna et d’Antonio Savelli, au siège de Bracciano, que défendaient Alviano et sa femme Bartolomea, la sœur de Virginio. L’entreprise tourna fort mal ; les pontificaux furent refoulés jusque sous les murs de Rome, et une armée, commandée par deux capitaines à la solde de la France, Carlo Orsini et Vitellozzo, les força de se battre, le 23 janvier 1497, près de Soriano. Ce fut un désastre. Le duc d’Urbin fut pris, le duc de Gandia blessé, le cardinal Lunate, légat du saint-père, s’enfuit avec une telle hâte qu’il en mourut. Le pape appela à son aide Gonzalve de Cordoue, général du roi catholique, et Prospero Colonna ; mais Venise intervint et l’obligea à signer une paix peu glorieuse. Pour 50,000 florins d’or, il abandonnait aux Orsini le droit d’être maîtres chez eux à perpétuité.

Certes, le premier acte de la politique paternelle d’Alexandre VI finissait d’une façon fâcheuse. Mais les Borgia étaient beaux joueurs. Le véritable virtuose de la famille, César, cardinal de Valence, se préparait à entrer en scène. Au commencement de l’année 1497, il avait plus de vingt ans. Il se trouvait embarrassé dans les replis de sa robe de pourpre, qui l’empêchait d’être général d’armée, prince séculier, modérateur de l’Italie. Il souffrait avec peine l’alliance matrimoniale de sa maison avec les Sforza, et, pour délivrer les Borgia d’une entrave gênante et les détacher d’un gouvernement trop compromis en Italie et à l’étranger, il jugea bon de supprimer le mari de sa sœur Lucrèce, Jean Sforza de Pesaro. Rompre avec Milan, c’était s’acheminer à une entente avec la France. Jean Sforza fut donc condamné. Le jour des Rameaux, il reçut encore à Saint-Pierre la palme bénite de la main du pape. Les chroniques de Pesaro racontent ainsi par quel hasard il échappa à une mort violente, dans le cours de la semaine sainte. « Un soir, Giacomino, camérier du seigneur Jean, se trouvait dans la chambre de Mme Lucrèce. César, frère de celle-ci, entra ; Giacomino, par l’ordre de Madame, s’était caché derrière un fauteuil. César parla librement à sa sœur, et dit que l’ordre était donné de tuer Jean Sforza. Quand il fut parti, Lucrèce dit à Giacomino : « Tu as entendu ? Va et avertis-le. » Le camérier obéit à l’instant, et Sforza se jeta sur un cheval turc, et à bride abattue vint en vingt-quatre heures à Pesaro, où son cheval tomba mort. » César se fit ainsi un ennemi mortel ; mais il prit en même temps une leçon de prudence et une salutaire aversion pour les paroles inconsidérées. Le pontife déclara, en vertu de son autorité canonique, la nullité du premier mariage de sa fille. Lucrèce, qui aima sincèrement tous ses maris, pleura quelques jours le premier chez les nonnes de Saint-Sixte.

Cependant Alexandre comblait de bienfaits Juan de Gandia. Le 7 juin, il l’investit du duché de Bénévent, enclave ecclésiastique du royaume de Naples, en ajoutant à ce fief Terracine et Ponte-Corvo.