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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/875

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lettres sur lettres pour recommander sa personne et ses combinaisons à la sollicitude attentive du gouvernement de l’empereur. Il était fier de servir de parrain auprès de notre politique à un aussi utile partenaire. Il eut à déchanter après Sadowa.

Déjà M. de Bismarck avait une politique personnelle, et bien qu’au dire de ses dépêches il fût l’esclave de la discipline prussienne, souvent il la faisait prévaloir aux dépens de son ministre, qui n’osait lui résister ouvertement. Ce dernier ne respirait que lorsqu’il retournait à son poste. « Le président du conseil a repris courage, écrivait M. de Moustier ; M. de Bismarck va retourner à Francfort et le colonel de Manteuffel à sa garnison ; il espère qu’après leur départ les choses pourront aller mieux. » Le prince-chancelier a rappelé depuis, avec orgueil, devant le Reichstag, que le roi Frédéric-Guillaume, lors de la guerre d’Orient, l’appelait sans cesse à Berlin pour le consulter, et que c’est à ses inspirations et à son attitude à la Diète que la Prusse et l’Allemagne doivent de n’avoir pas été entraînées dans la guerre contre la Russie. Dans ses fréquentes apparitions à la cour de Potsdam, en 1854 et 1855, il prêchait en effet l’abstention ; il donnait cours à sa mauvaise humeur contre l’Autriche, et souvent réussissait à la communiquer à son souverain. Il ne cessait de répéter que l’empereur François-Joseph ne partageait pas les idées du comte de Buol, qu’il ne songeait pas à faire la guerre à la Russie, qu’il ne l’attaquerait pas s’il n’était pas attaqué, que jamais il ne tirerait l’épée sans être certain du concours militaire de la Prusse, et il en concluait que le roi était, en réalité, l’arbitre de la situation ; aussi conseillait-il la médiation armée et l’isolement. Mais le roi tenait ces conseils pour téméraires ; il craignait que le dévoûment des cours allemandes pour la Russie ne fût pas assez profond pour leur faire surmonter les jalousies et les défiances que leur inspirait la Prusse, et qu’au jour de l’épreuve la coalition ne vint à se dissoudre. D’ailleurs l’isolement lui pesait ; il se désolait parfois avec colère du blocus politique qui se faisait autour de son pays, il voulait à tout prix le rompre et rentrer dans le concert européen, surtout lorsque les alliés remportaient des victoires et que les chances de la paix augmentaient.


V. — LE TRIOMPHE DU PARTI RUSSE A BERLIN.

M. de Budberg restait maître du terrain, tous ses adversaires étaient écartés ; il n’avait plus qu’un effort à faire pour obtenir, sinon