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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/855

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IV. — LE MARIAGE DE LAVOISIER.

Les fonctions de Lavoisier l’avaient mis en relations avec le fermier-général Paulze, qui sut promptement apprécier le mérite de son jeune collègue, et, peu de temps après, fut heureux de lui donner sa fille en mariage.

Jacques Paulze, avocat au parlement, était entré dans les fermes comme adjoint, puis avait été nommé, en 1768, titulaire, par le contrôleur des finances Laverdy, en remplacement de Daugny, démissionnaire [1]. Financier habile et probe, il tint souvent tête à l’abbé Terray dans les questions d’affaires ; intelligent et instruit, il fut directeur de la compagnie des Indes ; c’est lui qui réunit et fournit à l’abbé Raynal, son commensal, les documens qui servirent à écrire la célèbre Histoire philosophique des Deux-Indes. Il avait épousé, en 1752, à Montbrison, Mlle Claudine Thoynet, fille d’une sœur de l’abbé Terray, alors simple conseiller-clerc au parlement. Il était resté veuf, quelques années après, avec trois fils, Balthazar, Christian et Joseph-Marie, et une fille, Marie-Anne-Pierrette, née en 1758 [2]. Mlle Paulze n’avait pas treize ans quand Terray, devenu contrôleur-général, cédant aux instances de la baronne de La Garde, qui avait une grande influence sur lui, se mit en tête de marier sa petite-nièce à un comte d’Amerval, gentilhomme âgé et sans état, frère de Mme de La Garde. Paulze ne craignit pas, au risque de compromettre sa fortune, de résister aux volontés de son oncle, le tout-puissant contrôleur des finances, dont il dépendait comme fermier-général. Après une première réponse dilatoire, il lui écrivit la lettre suivante, qui fait honneur à son caractère :

« Lorsque vous m’avés parlé, mon cher oncle, du mariage de ma fille, je n’ai regardé ce projet que comme fort éloigné, et j’ai dû penser qu’il seroit assorti par l’âge, le caractère, la fortune et les autres convenances ; je ne trouve aucun de ces avantages. M. d’Amerval a cinquante ans, ma fille n’en a que treize ; il n’a pas 1,500 francs de rente, et ma fille, sans être riche, dès ce moment peut en apporter le double à son mari ; son caractère ne vous est pas connu, mais il ne peut convenir à ma fille, ni à vous, ni à moi ; j’ai encore

  1. C’est Daugny qui fit élever l’hôtel qui sert aujourd’hui de mairie au IXe arrondissement, rue Drouot.
  2. Baptisée, le 20 janvier 1758, à la paroisse de Saint-André de la ville et bailliage de Montbrison.