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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/844

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traverse, il voit les cabinets des amateurs d’histoire naturelle, en fait un inventaire rapide. A chaque localité où il s’arrête, il prend la température et la densité non-seulement des eaux minérales, mais encore des eaux potables : l’eau de la Seine à Troyes, l’eau du Rhin à Bâle. Il ne séjourne pas dans une auberge sans examiner l’eau qu’on lui sert ; il ne néglige rien, et signale à Troyes les manuscrits les plus précieux de la bibliothèque des oratoriens. Chaque soir, il complète son journal de voyage, fait sa correspondance, et n’oublie pas d’inscrire les dépenses de son voyage.

Lavoisier devait, en outre, collectionner des échantillons de roches et de minéraux, destinés au cabinet du ministre d’état Bertin, sous les auspices duquel il accomplissait le voyage ; mais ce n’était pas sans difficulté qu’il pouvait se procurer des ouvriers, faire fabriquer les caisses et les expédier. Pendant cette excursion, il fit dix-neuf envois au ministre, sans compter la collection particulière qu’il réunissait pour lui-même.

L’itinéraire des voyageurs, après les avoir conduits à Provins, Troyes, Chaumont, Langres, les amena le 26 juin à Bourbonne-les-Bains ; de là ils passèrent successivement à Vesoul, Villersexel, Lure, Ronchamps, où ils visitèrent une mine de houille ; à Luxeuil, et enfin à Giromagny, où ils s’arrêtèrent plusieurs jours pour aller à Bussang et gravir le ballon d’Alsace. Fatigués d’abord par les grandes chaleurs, ils eurent à subir ensuite des pluies et des orages presque continuels. Les Vosges intéressèrent vivement Lavoisier : « Je n’ay jamais rien vu qui m’ait tant frappé en histoire naturelle ; nous avons vu des choses admirables. La personne qui est à la tête des mines est extrêmement honnête et fort instruite : nous avons été comblés de politesses ; nous avons dîné et soupé chez lui ; nous nous sommes trouvés sept personnes à table, tous Parisiens, à l’exception de M. Guettard. Je suis prodigieusement occupé, » ajoute-t-il. C’est qu’en effet Guettard et Lavoisier s’étaient tracé un journal de route, et ils se trouvaient en retard sur leurs prévisions par des circonstances inattendues, comme une excursion à une mine aux environs de Lure, un accident arrivé au domestique Joseph.

Après avoir vu Belfort, Montbéliard et Altkirk, ils arrivèrent à Bâle le 25 juillet, et descendirent à l’hôtel de la Couronne. Le séjour de Bâle fut plein d’intérêt ; Bâle renfermait, en effet, un grand nombre d’hommes distingués, Daniel Bernouilli, Dassonne, Raillard, Bruchner, qui, estimant grandement les travaux de Guettard, lui firent, ainsi qu’à son jeune compagnon, le meilleur accueil et leur ouvrirent leurs riches cabinets d’histoire naturelle. Lavoisier n’oubliait pas de marquer dans ses lettres l’impression que lui fit la ville, la beauté du Rhin qui y coule avec une rapidité